Mammifères marins sur la glace et rorquals à bosse au sud

  • Jeune phoque du Groenland allaité © Elston Hill
    Le jeune phoque du Groenland sera allaité de 10 à 15 jours. © Elston Hill
    21 / 02 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Au large de Newport, en Gaspésie, une cinquantaine de phoques se prélassent sur les glaces. Pour bien les observer, mieux vaut avoir des jumelles : ils se trouvent à 4 ou 5 kilomètres du bord. «Je dirais que ce sont des phoques du Groenland, mais je n’en suis pas certain vu la distance», explique l’observateur. Il note aussi la présence de quelques phoques gris par-ci par-là depuis le début du mois.

    Les phoques du Groenland portent le nom latin de Pagophilus groenlandicus, et la première partie de ce nom signifie «qui aime la glace» en latin. Ce n’est donc pas étonnant de les observer sur la banquise.

    Fait étonnant : les petits phoques du Groenland, qu’on surnomme «blanchon», naissent sans couche graisseuse isolante. Sa fourrure le tient au chaud jusqu’à ce que, âgé de 10 à 15 jours, il soit rendu assez gras et soit sevré. À ce moment, le petit sait nager et est prêt à s’alimenter seul.

    Sur les glaces du rivage, d’autres mammifères ont été observés au cours des derniers jours, tant dans le Bas-Saint-Laurent que sur la Côte-Nord : coyotes et renards. Mais ces mammifères ne peuvent être considérés comme «marins». Plusieurs définitions existent pour définir les mammifères marins, et on peut les résumer ainsi: les mammifères marins sont des mammifères adaptés à la vie aquatique qui dépendent du milieu marin pour vivre adéquatement. Voilà pourquoi les ours polaires sont aussi considérés comme des mammifères marins : bons nageurs, les ours polaires partagent leur temps entre l’eau et l’eau glacée (la banquise). Le phoque du Groenland est un mammifère marin lui aussi, même s’il passe plus de temps sur les glaces que dans l’eau.

    Des nouvelles du Sud

    Quelques nouvelles des rorquals à bosse nous sont parvenues du Sud. En Guadeloupe, des paires de rorqual à bosse femelle accompagnée d’un nouveau-né ont commencé à être observées depuis le début de février. Le Center for Coastal Studies de Provincetown au Rhode Island a reçu, pour sa part, des nouvelles grâce à un émetteur posé sur le dos du rorqual à bosse appelé Bounce. Cet individu femelle a reçu sa balise durant l’automne 2018, alors qu’elle s’alimentait dans le golfe du Maine. Elle a commencé sa migration le 9 janvier dernier. Le 25 janvier, les chercheurs obtenaient une position satellite la plaçant au large de la République Dominicaine : la voilà dans l’aire de reproduction. En février, la balise a transmis des positions autour de la baie de Samana puis autour du Banc d’Argent. C’est aussi dans la baie de Samana que DogEar, un rorqual à bosse connu du golfe du Saint-Laurent, a été observé durant l’hiver 2018.

    Depuis le 11 février, les chercheurs ne reçoivent plus de position de Bounce. La balise est-elle tombée durant les activités de proximité de la baleine en période de reproduction? Ou a-t-elle simplement cessé de fonctionner? Dans tous les cas, la durée de vie exceptionnelle de l’émetteur a permis de récolter pour la première fois une migration complète d’un rorqual à bosse du golfe du Maine jusqu’aux Caraïbes!

    Cette femelle et son baleineau nagent côte à côte. Ont-ils passé l’hiver eux aussi au large de la République Dominicaine ou plutôt du côté de la Guadeloupe? © René Roy

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.