L’étude des pertes auditives chez les odontocètes échoués

  • 17 / 02 / 2011 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Les causes des échouages des cétacés à dents, dauphins et baleines, sont difficiles à déterminer. Les pertes auditives peuvent provoquer les échouages individuels ou collectifs, car l’écholocation permet à ces cétacés de s’orienter et de détecter leurs proies. Une étude a été menée par des scientifiques états-uniens sur huit espèces trouvées sur le rivage ou sévèrement empêtrées dans des engins de pêche, entre 2004 et 2009. Elle a été publiée dans le journal scientifique en ligne PLoS One en novembre 2010.

    Selon ses résultats, 57 % de grands dauphins (Tursiops truncatus) et 36 % de dauphins à bec étroit (Steno bredanensis) présentent des lésions auditives sévères à profondes. Les lésions sévères sont équivalentes à une perte de 70 à 90 décibels chez les humains et les profondes sont supérieures à 90 décibels. Pour les grands dauphins, les résultats ne sont pas conformes à ceux d’une soixantaine de grands dauphins de la baie de Sarasota en Floride, de tous âges et des deux sexes, ces tests auditifs ayant été effectués lors d’épisodes de capture et remise en liberté. L’unique dauphin pilote présente une perte auditive profonde. Aucun déficit auditif n’a été trouvé chez les sept dauphins de Risso (Grampus griseus) échoués lors de trois échouages, ni chez deux orques pygmées (Feresa attenuata) sur un échouage, un dauphin tacheté de l’Atlantique (Stella frontalis), un dauphin à long bec (Stenella longirostris) et une baleine à bec Gervais juvénile.

    Mesurer l’audition des cétacés

    Les scientifiques mesurent l’audition des cétacés en captivité selon des méthodes de conditionnement comportemental. Par exemple, les dauphins répondent à un stimulus sonore en appuyant sur une pédale ou en émettant des vocalises. Ces tests ne peuvent pas être facilement pratiqués sur des cétacés échoués. Les dauphins trouvés sur le rivage passent souvent une période de réadaptation en captivité, et le fait de conditionner leur comportement avant qu’ils soient relâchés en eau libre n’est pas encouragé par les agences fédérales de gestion de la faune sauvage. Les chercheurs ont recouru aux méthodes AEP (Auditory evoked potential en anglais), utilisées chez les nouveau-nés humains, et sur d’autres cétacés en captivité et sauvages. Rapides d’utilisation, elles apportent des résultats comparables à ceux du conditionnement comportemental.

    Quels facteurs responsables de la perte auditive?

    Cinq principaux facteurs contribuent à la perte d’audition chez les mammifères: le bruit intense chronique, un bruit intense passager (explosions ou détonations), le vieillissement altérant surtout la perception des sons de haute fréquence, les déficits congénitaux et les substances ototoxiques pouvant atteindre l’oreille interne et le nerf auditif.

    Les chercheurs ne connaissent pas le degré d’exposition au bruit des dauphins échoués, bien qu’il soit possible que certains aient évolué dans un milieu bruyant dû au trafic maritime. Un des dauphins lésés serait relativement âgé et une déficience congénitale serait probable pour deux d’entre eux.

    Un facteur supplémentaire est évoqué par les auteurs de l’étude: la contamination par les BPC (biphényles polychlorés), des polluants persistants, largement utilisés dans de nombreuses industries entre les années 1930 et 1970. Les cétacés, particulièrement les odontocètes, ont accumulé de fortes quantités de BPC transmises par les mères pendant l’allaitement. Des études sur les rats ont révélé que ces polluants affectent leur développement auditif. Mais pour les cétacés, on ne connaît pas l’impact de ces substances toxiques sur ce développement.

    La forte proportion de pertes auditives chez les odontocètes échoués amène les chercheurs à recommander que les tests d’audition soient intégrés dans l’examen vétérinaire des cétacés échoués et pratiqués sur ceux en période de réadaptation.[PLoS One]

    Pour en savoir plus:

    Sur le site de PLoS One (en anglais seulement)