Halte du béluga, parc national du Fjord-du-Saguenay, 1erjuillet. Dans la lumière poussiéreuse de la fin du jour, des souffles légers apparaissent une fraction de seconde, suivis de dos assombris par le contrejour. Une vingtaine de bélugas nage et plonge dans la baie. Des queues s’élèvent à la surface, claquent l’eau. Les expirations résonnent dans le silence enclavé des montagnes. Quelques vocalisations de surface, grognements étranges aux oreilles humaines, me parviennent. Je descends sur la plage, enlève ma casquette comme on se décoiffe à l’église. Plusieurs disent qu’il y a quelque chose de presque sacré, mystique, dans la baie Sainte-Marguerite. Les biologistes, eux, constatent qu’elle a un rôle important, voire essentiel aux bélugas qui s’y réunissent pour socialiser, prodiguer des soins aux petits, se reposer, s’alimenter. Les acteurs de la conservation ont choisi de protéger cette baie du 21 juin au 21 septembre en y interdisant la navigation, afin d’offrir un peu de quiétude dans le Saguenay pour les baleines blanches. Les deux phoques communs qui y nagent cet après-midi-là doivent aussi apprécier le silence des eaux. Je profite de ce sublime spectacle une heure, les pieds dans la rivière Sainte-Marguerite, avant de reprendre le sentier ponctué de lièvres et de gélinottes huppées.

Les dauphins du Saint-Laurent

Le Saint-Laurent reçoit la visite de dauphins durant l’été. Les premières mentions de dauphins arrivent du cap Bon-Ami, dans le parc national Forillon, en Gaspésie. D’autres dauphins sont vus à partir des rochers d’Essipit le 28 juin. Le 1erjuillet, dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, quatre individus nagent avec dynamisme. Dans l’estuaire, ce sont probablement des dauphins à flancs blancs. Deux autres espèces de dauphins fréquentent le Saint-Laurent à l’occasion: le dauphin à nez blanc, de taille et de forme similaire à celui à flancs blancs, et l’épaulard, bien plus imposant. Les observateurs confondent à l’occasion les dauphins avec une autre espèce, le marsouin commun. Comment les différencier?

Le marsouin commun est plus petit de taille. Sa nageoire est triangulaire, tandis que celle des dauphins à flancs blancs est plus courbée et étroite au bout. Le mouvement de nage est différent également. Les marsouins viennent à la surface dans un petit mouvement rapide, arrondi, comme un petit bond. Les dauphins donneront aussi cette impression de rouler sur eux-mêmes, mais avec un dos un peu plus plat. Mais parce qu’une image vaut mille mots, voici deux vidéos qui permettent de constater la différence du patron de nage en surface.

Autre indice qu’il s’agit de dauphins et non de marsouins: les sauts! Les dauphins sont d’habiles et fréquents sauteurs. Ils ont la capacité de propulser leur corps hors de l’eau au complet. Les marsouins n’ont pas cette habitude.

Une richesse extraordinaire

«Le golfe est en feu ces jours-ci!», s’écrie une observatrice de la Gaspésie. En quelques jours, elle profite de la présence de dauphins, petits rorquals et rorquals à bosse, peu importe où elle se trouve le long de la côte. Un couple nouvellement installé en Gaspésie, à L’Anse-au-Griffon, apprend peu à peu à différencier les espèces de baleine grâce à l’aide des habitants du village. Le 27 juin, ils comptent quatre rorquals communs. «C’est comme si on n’y croyait pas vraiment encore à la possibilité d’observer des baleines tout au long de la journée, tout le temps, peu importe ce qu’on fait. Il y a tellement de vie!», s’étonnent-ils, eux qui viennent de Québec.

La présence des baleines à la surface donne un aperçu de la richesse du Saint-Laurent, mais une plongée dans les profondeurs permet de découvrir une faune et une flore colorée et diversifiée.

Les vedettes du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent

Le 27 juillet, un plaisancier croise trois rorquals à bosse près du phare du Haut-Fond-Prince. Le 1erjuillet, la femelle rorqual à bosse Tic Tac Toe a été revue en compagnie d’un baleineau. La répétition des observations d’une femelle avec un baleineau permet de confirmer le lien filial chez les rorquals à bosse sans avoir besoin de tests génétiques.

Une autre vedette du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent a été identifiée : Bp059, surnommée «Trou». Cette femelle a hérité de ce surnom enraison de la forme de cratère volcanique situé au centre de la protubérance marquant son flanc gauche, juste derrière l’évent.

Hors du parc marin, du côté de Port-Cartier, Jacques Gélineau identifie le rorqual à bosse H929 avec un veau le 27 juin. La femelle enseigne les sauts à son petit, qui tente de l’imiter. Les deux baleines répètent les coups de queue en surface, un comportement surnommé «tailslapping». Au terme de ces efforts, les rorquals à bosse libèrent des excréments orangés. La couleur trahit la composition de leur menu, en l’occurence du krill.

Le 30 juin, Jacques Gélineau sort à nouveau. Cette fois, il croise le baleineau seul. A-t-il été sevré? C’est possible, puisque l’allaitement dure de 5 à 10 mois et que les naissances ont lieu dès janvier. Cette même journée, il repère trois petits rorquals, des marsouins communs, deux rorquals communs et, malheureusement, bien des déchets qu’il prend la peine de ramasser. Les déchets dans le milieu marin causent de grands torts aux mammifères marins.

Où sont les baleines cette semaine? Voilà ce que nos collaborateurs et collaboratrices ont vu!

Ces observations donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!

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Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.

Observations de la semaine - 2/7/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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