D’ici le printemps prochain, les embarcations naviguant au large de la Colombie-Britannique ne pourront s’approcher à moins de 200 mètres des épaulards résidents du Sud, a annoncé le 26 octobre dernier le ministre des Pêches et des Océans Dominic LeBlanc, soit 100 mètres plus loin que la distance actuelle. Une trentaine d’entreprises d’excursion en mer ont décidé d’adopter dès maintenant cette nouvelle distance minimale d’approche. Cette mesure de protection sera-t-elle suffisante pour empêcher la disparition d’une population dont il ne reste plus que 77 individus?

La population des épaulards résidents du Sud est en déclin depuis les deux dernières décennies et aucune croissance n’est projetée dans les conditions actuelles. Les principales menaces à la survie de cette population incluent la raréfaction de sa proie préférée (le saumon chinook) ; le bruit sous-marin et le dérangement causés par les activités humaines ; et les niveaux élevés de contaminants (tels les BPC) qui s’accumulent dans ses tissus.

Le bruit provenant des navires commerciaux et récréatifs de tous types masque les fréquences utilisées par l’épaulard pour détecter ses proies et pour communiquer. De plus, la proximité des embarcations modifie le comportement de l’épaulard, réduisant l’efficacité de son alimentation. L’épaulard a non seulement besoin de proies abondantes, mais également d’un habitat assez calme pour trouver et chasser celles-ci. La diminution du bruit et du dérangement, par mise en place d’une distance minimale d’approche, est donc un important premier pas pour augmenter les chances de survie de cette population.

Quelle distance respecter pour ne pas déranger?

Une distance minimale d’approche envers certaines espèces a été établie à plusieurs endroits où il y a une importante industrie d’observation des baleines. Idéalement, celle-ci devrait refléter la distance à partir de laquelle la présence des bateaux masque les fréquences utilisées par les animaux ou suscite des changements de comportement (comme l’interruption d’activités vitales tels l’alimentation, la respiration, le repos ou le soin des jeunes). Cependant, l’effet d’un bateau sur un animal dépend de nombreux facteurs, dont le type d’embarcation, sa vitesse et son angle d’approche, la présence d’autres sources de bruit et l’espèce de baleine considérée. Déterminer une distance d’approche adéquate est donc un exercice complexe.

En Colombie-Britannique, il n’y a actuellement pas de règlement imposant aux capitaines une distance minimale entre leur embarcation et les épaulards résidents du Sud. Il y a cependant une recommandation de se tenir à plus de 100 mètres. Les nouvelles règles obligeront les bateaux à garder une distance de 100 mètres de tout mammifère marin et de 200 mètres des épaulards résidents du Sud.

De l’autre côté de la frontière, l’État de Washington dispose déjà, depuis 2011, d’une loi obligeant les bateaux à demeurer à plus de 180 mètres des épaulards.

Les règles sont encore plus strictes de l’autre côté du continent, dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, où les embarcations doivent maintenir une distance d’au moins 200 mètres de tout cétacé et d’au moins 400 mètres d’un mammifère marin en voie de disparition, dont le béluga et le rorqual bleu. Des études sur le béluga du Saint-Laurent et le rorqual bleu supportent cette distance minimale d’approche de 400 mètres. Publiée en 2017, une étude réalisée par des chercheurs de Pêches et Océans Canada et de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski démontre que les bateaux présents à 400 mètres ou moins du rorqual bleu perturbent ses activités d’alimentation.

La mise en place d’une distance minimale d’approche de 200 mètres en Colombie-Britannique permettra-t-elle le rétablissement de la population des épaulards résidents du Sud? Prenant en considération les projets de développement prévus dans la région, qui augmenteront la pollution sonore, et les effets prévus des changements climatiques sur l’abondance du saumon chinook, une étude publiée récemment dans la revue Scientific Report estime que la population des épaulards résidents du Sud a environ 25 % de risque de disparaitre au cours du prochain siècle, si rien n’est fait pour sa protection. Les chercheurs estiment que le rétablissement de cette population nécessiterait soit une augmentation de 30 % de l’abondance du saumon chinook ou une augmentation d’au moins 15 % de l’abondance du saumon chinook combinée à une diminution de 50 % du niveau de bruit et de dérangement causé par les embarcations. « Le message le plus important de notre étude, souligne Paul Paquet, chercheur au Raincoast Conservation Foundation et un des auteurs de cette étude, est qu’avec des actions appropriées et résolues, les chances de survie de ces baleines emblématiques au cours des 100 prochaines années peuvent être significativement améliorées. »

Des études plus poussées seront nécessaires pour démontrer si 200 mètres est une distance minimale suffisante ou si cette distance devrait être augmentée à 400 mètres comme dans le Saint-Laurent. Son impact dépendra également des autres mesures qui seront mises en place dans l’habitat des épaulards, au Canada et aux États-Unis, pour atténuer le bruit — l’imposition de limites de vitesse par exemple — et augmenter la disponibilité des proies.

Actualité - 7/11/2017

Béatrice Riché

Après plusieurs années à l’étranger, à travailler sur la conservation des ressources naturelles, les espèces en péril et les changements climatiques, Béatrice Riché est de retour sur les rives du Saint-Laurent, qu’elle arpente tous les jours. Rédactrice pour le GREMM de 2016 à 2018, elle écrit des histoires de baleines, inspirée par tout ce qui se passe ici et ailleurs.

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