Les baleines peuvent-elles se noyer ?

  • Souffle d’un rorqual bleu. À chaque inspiration, les baleines changent jusqu’à 90% de l’air contenu dans leur poumon.
    Souffle d’un rorqual bleu. À chaque inspiration, les baleines changent jusqu’à 90% de l’air contenu dans leur poumon. © GREMM
    09 / 08 / 2018 Par Célia Baratier

    Les baleines sont des mammifères. Tout comme nous, elles ont des poumons et ont donc besoin de les remplir d’air pour respirer. Cependant, contrairement à nous qui pouvons le faire sans y penser, la respiration est un acte conscient pour ces mammifères marins : ils remonteront à la surface avant l’épuisement de leur réserve d’oxygène. Quand on passe sa vie dans l’eau, c’est tout un défi de ne pas se noyer!

    Le challenge commence dès la naissance : le nouveau-né doit absolument remonter à la surface respirer après avoir quitté le ventre de la mère. Au contact de l’air sur la peau du nouveau-né se déclenche alors cette première respiration cruciale. Cependant, des nécropsies de baleineau ont montré que certains décèdent sans n’avoir jamais réussi à inhaler de l’air. En général, la mère aide le petit à remonter à la surface pour qu’il puisse prendre son premier souffle.

    Béluga

    Les glaces font partie de l’habitat des bélugas, mais elles peuvent devenir un piège si elles se referment. © Renaud Pintiaux

    Plus près des pôles, et même parfois dans le golfe du Saint-Laurent, les glaces peuvent piéger des cétacés. La couverture de glace évolue au gré du vent : un espace libre peut se retrouver rapidement bloqué par les glaces, emprisonnant les animaux ou leur bloquant l’accès à la surface.

    De plus, les changements climatiques font fondre la banquise : de gros morceaux se détachent des glaciers ou des banquises et dérivent aux risques et périls des narvals. Ces licornes des mers vivent en Arctique au milieu des glaces, mais ne peuvent pas parcourir plus de 1,4km sans respirer. Ainsi, si les blocs de glace couvrent une trop longue surface, les narvals auront du mal à trouver des trous pour respirer. En 2008 et en 2015, 629 et 249 narvals ont péri noyés, emprisonnés sous les glaces.

    Noyer sa proie est aussi une technique de chasse chez les épaulards. Telle une meute de loups, les orques peuvent chasser en groupe, ce qui leur permet de s’attaquer à plus gros qu’eux, comme d’autres baleines, en général des baleineaux ou des individus affaiblis. Ils vont alors séparer le petit de sa mère, puis le retenir sous l’eau pour l’empêcher de remonter à la surface respirer.

    Des facteurs humains peuvent aussi causer la noyade de baleines. Lorsque prises dans un engin de pêche, les baleines peuvent perdre en mobilité ou rester prises sous l’eau. Épuisées ou incapables de remonter à la surface, les baleines peuvent alors se noyer.

    Être un mammifère marin n’est pas toujours chose facile! Pour vivre, les baleines ont besoin de prendre un grand bol d’air. Elles sont capables de rester un certain temps sans respirer tout en gardant un fonctionnement vital, grâce à leur réserve en oxygène. Ce temps de plongée varie en fonction des espèces : cela peut aller de quelques minutes pour le marsouin commun à des records de plus de deux heures pour le cachalot. Cependant, des accidents peuvent arriver, les empêchant de refaire surface en temps voulus pour expirer et reprendre leur souffle.

     

    Pour en savoir plus

    Dormir sans se noyer (Baleines en direct, 2016)

    La fonte de la banquise arctique menace les narvals de noyade (Baleines en direct, 2010)

    How do Whales and Dolphins Sleep Without Drowning? (Scientific American)

    La plongée (Baleines en direct, 2017)

    Le souffle (Baleines en direct, 2013)

    Incidence de l’emprisonnement de narvals (Monodon monoceros) dans les glaces en 2015 sur le stock du détroit d’éclipse (Pêches et Océans, 2018)


    Célia Baratier a rejoint le GREMM cette saison comme naturaliste au CIMM et rédactrice pour Baleine en direct. Diplômée d’une maitrise en environnement et en communication scientifique, elle aime jouer avec les savoirs (et les mots !) pour partager et conter les aventures des baleines.