La fonte de la banquise arctique menace les narvals de noyade

  • 16 / 09 / 2010 Par Christine Gilliet – Mots et Marées - /

    Selon une étude publiée dans le Journal Marine Mammal Science, les narvals sont de véritables marathoniens, dotés de fibres musculaires spécialisées, de type contraction lente. Ces cétacés arctiques sont donc les plus lents nageurs parmi tous les mammifères marins étudiés, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux risques de dérive de morceaux de banquise ou d’iceberg générés par la fonte rapide des glaces observée dans l’Arctique depuis quelques années.

    Pas de longue distance possible entre deux respirations

    Les fibres lentes des narvals représentent 87 % de leur musculature squelettique, alors que celles des dauphins ont une proportion de 40 à 50 %. Elles contiennent le plus fort taux de myoglobine jamais mesuré parmi les mammifères marins, les rendant capables de stocker une grande quantité d’oxygène. Mais, ces nageurs lents, particulièrement spécialisés dans l’endurance, ne peuvent parcourir qu’une distance maximale de 1,4 km sous la surface, sans respirer. Avec le réchauffement de la température observée en Arctique, la banquise fond et se fragmente. Ses morceaux deviennent extrêmement mobiles et leur surface trop importante pour la capacité des narvals à repérer les trous de respiration. Selon les chercheurs, 2,6 à 10,4 % du couvert de glace dans la baie de Baffin est conforme à leur terrain de fouille habituel. De plus, la dérive imprévue des icebergs, due à un changement de direction du vent, peut être fatale aux narvals en les surprenant dans leurs prévisions de route vers les trous de respiration.

    Une prison de glace en 2008 et aujourd’hui un iceberg géant

    Le risque de noyade devient donc majeur pour cette espèce dont la population dans les eaux de l’Arctique canadien vient d’être estimée en début d’année, avec une nouvelle méthode de comptage, à 60 000 individus. Une menace bien réelle quand on se reporte à la mortalité de 600 cétacés emprisonnés par les glaces en novembre 2008 dans une baie proche de Pond Inlet au nord de l’île de Baffin.

    Le 4 août dernier, un morceau géant du glacier de Petermann au Groenland, le plus grand de l’hémisphère nord, s’est détaché et parti à la dérive. Suivi par le satellite Envisat, l’iceberg entre actuellement dans le détroit de Nares, un bras de mer reliant la mer de Lincoln à la baie de Baffin. Des cassures et des séparations dans ce glacier sont courantes et déjà repérées à trois reprises dans la dernière décennie, mais pas encore dans de telles proportions. En effet, le nouvel iceberg mesure 30 km de longueur et 14 km de largeur à sa base et près de 7 km à sa pointe, ce qui représente une surface d’environ 245 kilomètres carrés. Sa progression dépendra des vents et des courants du détroit, comme de la banquise susceptible de lui barrer la route.

    Avec cette hyper spécialisation physiologique, les narvals sont donc peu adaptables à des changements aussi rapides de leur habitat. Les narvals, baptisés licornes des mers en raison de leur longue défense, font partie des trois espèces de cétacés vivant en Arctique, avec les bélugas et les baleines boréales. En 2004, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a attribué au narval le statut d’espèce préoccupante, le plaçant dans une catégorie plus élevée d’après les derniers examens. La chasse exerce la première pression sur ses populations.[BBC, The Gazette, Techno-Science]