Les baleines noires de l’Atlantique Nord, qui ne comptent plus qu’environ 350 individus sur la planète, se trouvent présentement en danger critique d’extinction. Le rétablissement de cette espèce est confronté à de nombreuses embuches. Les empêtrements dans les engins de pêche et les collisions avec les navires constituent des enjeux majeurs et largement médiatisés. Une nouvelle étude menée par l’équipe d’Erin L. Meyer-Gutbrod, affiliée à l’Université de Caroline du Sud, démontre que les changements climatiques auraient eux aussi un impact important sur la survie de ces baleines en affectant la proie préférée de l’espèce: le copépode Calanus finmarchicus.

Dérèglement des courants océaniques

Les changements climatiques induisent la fonte des glaciers des pôles, qui contiennent de l’eau douce. En conséquence, la salinité et la densité des eaux océaniques sont réduites, ce qui empêche les courants froids de circuler aussi profondément qu’auparavant. Cela cause un ralentissement de la circulation des courants de l’Atlantique, dont le Gulf Stream. Sa trajectoire est présentement déréglée et ses eaux chaudes s’infiltrent dans des zones inhabituelles, telles que les eaux profondes du plateau néo-écossais. Ce dérèglement entraine par la suite un réchauffement de ces régions, rendant les conditions défavorables pour C. finmarchicus, qui ne peut prospérer qu’en eaux froides. Le fait que l’abondance de ce petit copépode demeure anormalement basse peut avoir des répercussions importantes sur les géantes noires, comme les faire souffrir de la faim ou les pousser vers de nouveaux territoires en quête de nourriture.

À la recherche de nourriture

Selon l’étude de Meyer-Gutbrod et de ses collègues, la réduction des stocks de C. finmarchicus a conduit, depuis 2010, les baleines noires de l’Atlantique Nord hors de leurs aires d’alimentation estivales traditionnelles. Celles-ci, situées dans le plateau néo-écossais, comprennent le golfe du Maine et la baie de Fundy. Elles ont délaissé ces régions au profit, entre autres, du golfe du Saint-Laurent.

Ce changement de distribution coïncide avec une baisse draconienne du nombre annuel de naissances. La reproduction, la mise bas et les soins néonataux sont des activités particulièrement énergivores. Si les baleines noires de l’Atlantique Nord ne peuvent pas se nourrir adéquatement, elles ne peuvent pas se reproduire avec succès. Les chercheurs spéculent donc que les nouvelles aires d’alimentation ne satisfont pas les besoins nutritifs des baleines noires de l’Atlantique Nord. Leur faible taux de natalité actuel représente un risque grandissant pour la survie de l’espèce, qui se trouve désormais en danger critique d’extinction.

Un défi pour la conservation

Les changements de comportement des baleines noires de l’Atlantique Nord entraine de nouveaux défis de conservation. Non seulement les baleines ont-elles dû délaisser leur aires d’alimentation traditionnelles, mais leur présence récente dans le golfe du Saint-Laurent provoque des conflits majeurs avec l’industrie de la pêche et le trafic maritime. Bien que les collisions avec les navires et les empêtrements dans les engins de pêche soient réputés depuis des décennies comme des facteurs de mortalité importants chez les baleines noires de l’Atlantique Nord, les mesures et les règlements mis en place sur la côte est du Canada et des États-Unis n’étaient pas en vigueur dans le golfe Saint-Laurent au moment où les baleines noires y ont fait leur apparition. Un programme de protection n’a été mis en place par le gouvernement canadien qu’au cours de l’été 2017, qui a été marqué d’une mortalité record.

Selon les auteurs de l’étude, les projets actuels de surveillance et de protection de l’espèce ont permis d’améliorer grandement les prévisions de leurs déplacements, en plus d’assurer un suivi beaucoup plus détaillé qu’auparavant. Il est toutefois difficile de prédire si le nouvel habitat estival des baleines noires et les mesures de protection qui y ont été instaurées d’urgence seront suffisantes pour éviter la disparition de ces réfugiées climatiques.

Actualité - 8/11/2021

Elisabeth Guillet Beaulieu

Elisabeth Guillet-Beaulieu a rejoint le GREMM en tant que rédactrice scientifique au début de l'automne 2021. Depuis toujours, elle est animée par un amour inépuisable de la biologie marine et des milieux aquatiques, amour qui se manifeste aujourd'hui dans la poursuite d'une carrière scientifique. Détentrice d'un baccalauréat en sciences biologiques, cette enthousiaste de l'environnement et de la conservation des milieux naturels a rejoint l'équipe de Baleines en direct dans l'espoir de partager sa passion contagieuse des mammifères marins tout en achevant sa maîtrise en environnement et développement durable.

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