Les baleines dans la tempête

  • Il arrive de voir les baleines sauter hors de l’eau lorsque la mer est grosse. Les sauts seraient-ils une méthode pour empêcher l’eau de pénétrer dans les voies respiratoires? C’est une hypothèse. © GREMM
    12 / 09 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    La carte des observations semble moins fournie cette semaine. Les baleines sont-elles parties? Pas nécessairement. Les conditions météo ont empêché bien des bateaux de prendre le large, comme ceux de l’équipe de la Station de recherche des iles Mingan. Les forts vents ont cloué au sol les avions de surveillance de Pêches et Océans Canada et de Transports Canada. De la rive, la hauteur des vagues, la pluie, les vents déchainés ont aussi rebuté les plus férus des observateurs riverains. Et pour certains, c’était aussi l’occasion de regagner les quartiers d’hiver. Mais les baleines, elles, comment ont-elles vécu la tempête?

    Qu’il vente ou pleuve, les baleines doivent revenir à la surface respirer. En environ une seule seconde, elles expulsent l’air de leurs poumons et les remplissent à nouveau par leur(s) évent(s). Certaines espèces en ont deux, d’autres un seul. Les muscles de l’évent sont puissants et reliés à des bouchons fibreux empêchant l’eau d’y entrer lorsqu’elles ne sont pas en train de respirer. Les baleines contractent volontairement ces muscles pour ouvrir les évents et expirer au moment de faire surface. Malgré la turbulence des eaux, les baleines devraient donc pouvoir respirer sans recevoir de vagues dans leur système respiratoire. Puis, quand les vagues sont fortes, on verrait aussi les baleines sortir davantage leur corps de l’eau, ce qui leur permettrait d’élever leur évent au-dessus des flots pour respirer.

    À l’occasion, une forte tempête pourrait désorienter une baleine et causer des erreurs de navigation. Les rafales pourraient aussi changer la trajectoire des proies, et donc changer la répartition des baleines les jours suivants.

    Certains secteurs n’ont pas été touchés par la tempête, comme l’estuaire. Est-ce pour cela qu’on trouve autant d’individus ici? Une vingtaine de rorquals à bosse et une quinzaine de rorquals communs ont encore fait le bonheur des observateurs et observatrices. À partir du quai des pilotes, aux Escoumins, une passionnée des baleines repère des rorquals bleus nageant en paire. «Deux montraient même la queue lors des plongées», se réjouit-elle en les regardant à travers ses jumelles. Elle note aussi la présence de phoques gris, de paires mère-veau marsouins communs et de petits rorquals.

    À partir de Portneuf-sur-Mer, l’équipe du Mériscope effectue une sortie le 10 septembre. «Il y a encore beaucoup de jeunes petits rorquals. Ils sont indépendants de leur mère, comme ils devraient l’être à cette période-ci de l’année, mais certains jeunes de l’année restent assez près des adultes. C’est intéressant à observer», relate le chercheur Dany Zbinden.

    Un petit rorqual et son petit nagent côte à côte. © Renaud Pintiaux (archives)

    Surprise à Saint-Fulgence! Pour une deuxième fois cet été, deux bélugas nagent devant le village voisin de Chicoutimi. Habituellement, les bélugas ne remontent pas le Saguenay plus loin que la baie Sainte-Marguerite.

    «Où sont les rorquals bleus?», se demande Richard Sears, spécialiste de cette espèce et fondateur de la Station de recherche des iles Mingan. Les deux dernières semaines, il avait pu observer un grand nombre de rorquals bleus le long de la péninsule gaspésienne, mais ils semblent avoir quitté le secteur. Au moins un est observé du côté du cap Gaspé le 9 aout. Le lendemain, un croisiériste repère au large une douzaine de grands souffles. Les vagues trop fortes l’empêchent d’aller à la rencontre des baleines au large, mais il voit tout de même deux petits rorquals, un rorqual à bosse, un rorqual commun et même un thon rouge de l’Atlantique effectuer un saut!

    Du côté de l’ile Bonaventure, les rafales de Dorian ont décoiffé les fous de Bassan. Un naturaliste constate la perte de quelques poussins, ce qui n’aidera pas le bilan déjà peu réjouissant de la saison de reproduction de l’espèce. Les chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski ont constaté que seulement 25% des poussins ont pu prendre leur envol. Un changement dans l’alimentation pourrait avoir été un des facteurs expliquant ce faible taux. Ne trouvant pas de maquereau, une espèce de poisson bien nourrissante, les fous de Bassan ont mangé du lançon, une espèce peut-être moins énergétique. Le lançon est aussi consommé par plusieurs espèces de baleines. Le 10 aout, une observatrice note deux rorquals communs, un rorqual bleu et un marsouin commun derrière l’ile.

    Voici les observations reçues par notre équipe cette semaine. Elles donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.