Le tourisme d’observation des baleines, une menace pointée par des scientifiques

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    12 / 09 / 2014 Par Christine Gilliet – Mots et Marées - /

    Cette industrie lucrative augmente considérablement dans le monde entier depuis les années 1990. Collisions des bateaux avec les baleines, stress créé par le dérangement et coût énergétique accru pour les cétacés qui veulent s’y soustraire, menace directe pour des espèces en disparition sont au chapitre des préoccupations d’experts réunis lors d’un récent congrès international.

    Un article vient de paraître dans la revue en ligne Nature, le 26 août, rapportant les préoccupations de scientifiques qui ont participé à la rencontre de l’International Marine Conservation Congress (IMCC) qui s’est tenue du 14 au 18 août à Glascow, au Royaume-Uni. La majorité d’entre eux s’accorde à dire que plus d’actions doivent être entreprises pour protéger les cétacés des impacts négatifs de l’industrie touristique d’observation. Ils considèrent que, bien que cette activité ne soit pas aussi nuisible que la chasse, elle constitue une menace, pouvant même donner en quelque sorte le coup de grâce aux espèces les plus menacées d’extinction.

    Les collisions avec les bateaux d’observation sont au premier chef au coeur du débat. Selon une étude citée dans l’article de Nature, 38 % des réglementations encadrant les activités de cette industrie sont constitués de mesures obligatoires pour l’approche des animaux, le reste des mesures — quand elles existent — sont applicables sur une base volontaire de la part des capitaines.

    Dérangement et stress ont un coût pour les cétacés

    Le tourisme d’observation, qui n’est pas près de s’arrêter, est une industrie comme les autres qui se doit d’être lucrative. La présence des bateaux représente une source de dérangement pour les dauphins et les grands cétacés dans leurs activités quotidiennes de chasse, de soins aux petits et de repos. Ces animaux dépenseraient une certaine dose de leur énergie à essayer de s’éloigner de ces bateaux et ne profitent pas des ressources alimentaires du secteur qu’ils fréquentent. C’est bien la présence répétée des bateaux qui est en cause dans certaines régions du monde où une dizaine de sorties par jour sont organisées.

    C’est le cas, selon un groupe de scientifiques, des grands dauphins (Tursiops sp.) dans le détroit Doubtful en Nouvelle-Zélande qui risquent de disparaître d’ici quelques décennies en raison du grand nombre de bateaux d’excursion, parce qu’ils tentent de les éviter et sortent de leurs aires d’alimentation. Leur très petite population a décliné, passant de 67 individus en 1997 à 56 en 2005. Un autre exemple, rapporté par des participants à l’IMCC, concerne les dauphins de l’Irrawaddy (Orcaella brevirostris) vivant dans les eaux du Mékong entre le Cambodge et le Laos.

    Une récente étude menée sur des petits rorquals (Balaenoptera acutorostrata) dans la baie de Faxaflói en Islande a quantifié les coûts énergétiques dépensés par ces animaux pour éviter les bateaux d’observation. Les scientifiques ont comparé les trajectoires des déplacements des animaux et leurs séquences respiratoires quand ils sont en présence de bateaux de touristes et quand ils ne le sont pas. Selon les résultats de cette étude, la dépense énergétique estimée des petits rorquals augmente de 28 % quand ils sont en présence des bateaux, une augmentation attribuée au stress provoqué par le dérangement. Pendant les périodes d’interactions entre les bateaux et les rorquals qui tentent de leur échapper, la vitesse que ces derniers adoptent est maximale.

    L’expansion d’une nouvelle activité économique

    Amorcé aux États-Unis dans les années 1950, ce tourisme d’observation est en constante augmentation depuis les années 1990. Le nombre des touristes embarqués sur l’eau est passé de 4 millions dans 31 pays en 1991 à 13 millions dans 120 pays en 2008, d’après les dernières données disponibles. Cette année-là, selon l’organisme International Fund for Animal Welfare (IFAW), cette industrie a généré un chiffre d’affaires de 2,1 milliards de dollars des États-Unis.

    Cette industrie rapporte des bénéfices importants pour certaines communautés qui ont vu leurs industries ou activités artisanales de pêche s’effondrer. Elle représente aussi un argument de poids anti chasse dans les pays qui pratiquent encore une chasse commerciale des cétacés.

    Réglementations, guides et démarches écoresponsables

    La Whale and Dolphin Conservation Society (WDCS) publie son propre guide à l’attention des visiteurs, les invitant à rechercher une excursion respectueuse des animaux et à s’informer. Il leur est recommandé de poser des questions aux compagnies de la région visée afin de savoir si des règlements sont mis en place pour minimiser le dérangement des animaux. Il leur est recommandé de vérifier si le personnel à bord est qualifié en ce qui concerne l’interprétation, c’est-à-dire si un guide naturaliste est à bord. Il est aussi rappelé que, quand l’observation peut se faire de sites terrestres, elle est l’option la plus sécuritaire pour les animaux et qu’on doit la choisir le plus souvent possible.

    Dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent, une réglementation pour encadrer les activités d’observation en mer a été mise en place dans le parc marin Saguenay–Saint-Laurent en 2002. L’alliance Éco-Baleine, créée en 2011, regroupe les acteurs du tourisme, de la recherche scientifique et de la conservation dans un esprit de concertation et de formation continue pour assurer la pratique responsable et le développement durable des activités d’observation dans le parc marin. Ses membres ont notamment rédigé un guide de pratiques écoresponsables pour les capitaines et naturalistes, et adopté une charte.

    Sources

    Sur le site de Nature (en anglais seulement):

    Ecotourism rise hits whales

    Sur le site de ScienceDirect (en anglais seulement):

    Inferring energy expenditure from respiration rates in minke whales to measure the effects of whale watching boat interactions

    En savoir plus

    Sur le site de l’IFAW:

    Un nouveau rapport montre l’augmentation massive de l’observation des baleines

    Sur le site du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent:

    Réglement sur les activités en mer

    Sur le site de l’Alliance Éco-Baleine:

    Actions

    Sur le site de Baleines en direct:

    L’observation des baleines

    Le dérangement par les bateaux

    Règles à observer