Le projet d’une mine de fer en Arctique menace les narvals

  • 03 / 02 / 2011 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    L’exploitation d’une mine de fer sur l’île de Baffin, dans le territoire canadien du Nunavut, entraînerait une forte augmentation du trafic maritime dans le détroit d’Hudson. Cette région est un corridor de migration et d’habitat pour les populations de narvals qui seraient exposées au risque de collision et de pollution sonore. C’est le plus gros projet minier du Nord canadien.

    Les narvals dans le détroit d’Hudson

    Baffinland, la compagnie canadienne exploratrice, vient de déposer le premier jet d’une étude d’impact environnemental auprès du gouvernement du Nunavut pour son projet de mine Mary River sur l’île de Baffin dont l’ouverture est prévue en 2014. Le site se situe à 1 000 km au nord-ouest d’Iqaluit avec un potentiel de 850 millions de tonnes de minerai de fer sur neuf sites d’exploitation qui pourrait doubler ou tripler avec des forages supplémentaires.

    Pour répondre à la demande des marchés européens, le minerai de fer serait transporté par des navires dans le détroit d’Hudson. Deux options sont retenues pour transporter le minerai de la mine à la côte, puis vers l’Europe. La première prévoit un chemin de fer et un fret maritime fonctionnant toute l’année. La seconde, un transport par camions et un fret maritime seulement pendant l’été.

    Pour les populations de narvals, ces cétacés à dents munis d’une défense vivant en Arctique, le détroit d’Hudson constitue un corridor de migration au printemps et à l’automne. L’est du détroit d’Hudson est une de leurs aires hivernales reconnues. Certains groupes séjournent l’été dans le détroit. La période estivale est la saison des naissances et de paresse pour les narvals qui flânent à la surface de l’eau ou sous celle-ci et socialisent.

    L’augmentation du trafic maritime

    L’augmentation du trafic maritime représente une double menace pour les narvals et leur habitat: le risque de collisions et la pollution sonore. L’acoustique régit le mode de vie de ces mammifères, pour naviguer, repérer leurs proies et communiquer. Au bruit des moteurs s’ajoute celui de la glace brisée avec le danger du déplacement des plaques alors que les narvals cherchent l’eau libre pour respirer pendant leur migration. L’Arctique est un milieu fragile fortement convoité pour ses ressources et de nouvelles voies maritimes. Un éventuel marché pour le minerai de fer vers la Chine pourrait entraîner la circulation des navires par le passage du Nord-Ouest afin d’en réduire la longueur.

    Une espèce en péril

    Au Canada, le narval a été désigné comme une espèce préoccupante par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) en 2004 et est actuellement évalué pour son inscription sur la liste des espèces en péril. La chasse au narval est pratiquée avec des quotas attribués aux populations inuites. Sous la pression internationale, le Canada a interdit en décembre 2010 l’exportation des défenses de narvals en vertu de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Le projet menace également les ours polaires et, sur l’île, la migration des caribous, toutes ces espèces animales faisant partie intégrante du mode de vie traditionnel des Inuits.

    Sur les marchés internationaux, le prix du minerai grimpe en flèche depuis quelques années. Après une offre publique d’achat, les compagnies canadiennes ArcelorMittal et Nunavut Iron Ore Acquisition viennent de devenir actionnaires majoritaires de la compagnie exploratrice Baffinland.[Reuters, Moneycontrol, Le Post, CNW]

    Pour en savoir plus:

    Sur le site de Reuters (en anglais seulement)