Le dauphin de Guyane repère les champs électriques de ses proies

  • 11 / 08 / 2011 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Ce dauphin vivant près des côtes chasse avec des récepteurs situés dans des orifices sur son rostre, des cryptes qui contenaient une vibrisse ou poil tactile chez ses ancêtres. C’est la première fois que l’électroréception passive est décrite chez un mammifère, alors qu’elle est bien connue chez les poissons et les amphibiens. En eaux troubles, elle s’ajoute à ses capacités d’écholocalisation.

    Une équipe germano-étatsunienne a découvert que le dauphin de Guyane (Sotalia guianensis) possède des récepteurs électriques dans les cryptes situées sur son rostre. L’étude a été publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society Biology en juillet 2011. Cet orifice est habituellement garni d’une vibrisse ou poil tactile dont de nombreux mammifères sont équipés, comme le chat, le rorqual à bosse chez les cétacés et les phoques. Mais, chez le dauphin de Guyane, la vibrisse a disparu, et la présence des cryptes est une réminiscence de cet organe qui existait chez ses ancêtres.

    Même sans vibrisse, les cryptes servent à la détection

    La découverte a été réalisée par des chercheurs allemands sur deux dauphins vivant en captivité, au Dolphinarium de Allwetterzoo Münster. Après la mort naturelle de l’un d’eux, les biologistes ont examiné ses cryptes et ont ensuite testé le dauphin survivant afin de voir s’il réagissait à un signal électrique faible généré par leurs proies habituelles, des poissons de petite et moyenne taille. Avec 186 essais effectués avec des signaux électriques d’intensité variable, ils ont observé que le dauphin réagissait même aux champs électriques de faible intensité. Par contre, quand le rostre et les cryptes ont été recouverts d’une coque en plastique, le dauphin Paco ne réagissait pas aux stimuli électriques.

    Les investigations cellulaires démontrent que ces cryptes possèdent une structure en forme d’ampoule très fortement innervée, constituée d’une substance gélatineuse, semblable à celle présente dans les récepteurs électriques des poissons et au mucus des récepteurs des ornithorynques.

    Une convergence évolutive

    Cette capacité d’électroréception n’était connue jusqu’à aujourd’hui que chez les poissons, les amphibiens et deux mammifères ovipares (ou monotrèmes), l’ornithorynque et l’échidné. Les résultats de cette étude montrent que ces récepteurs ont pu évoluer à partir d’un organe mécanosensoriel que presque tous les mammifères possèdent et amènent à penser que d’autres espèces pourraient en être pourvues, surtout celles qui ont un mode de vie aquatique ou semi-aquatique.

    Les dauphins de Guyane vivent près des côtes et dans des estuaires, dans des eaux troubles, souvent boueuses. Pour les chercheurs, ce mécanisme d’électroréception augmente leur capacité de repérer leurs proies dans de telles conditions, en plus de leur système d’écholocalisation.

    Le dauphin de Guyane est une espèce présente le long des côtes de l’est et du nord de l’Amérique du Sud, du Nicaragua au Brésil. Il est très proche du tucuxi (Sotalia fluviatilis), appelé aussi boto en portugais, vivant en eau douce.[Sciences et Avenir, Proceedings of the Royal Society Biology, Futura-Environnement, MaxiSciences]

    Pour en savoir plus:

    Sur le site de Sciences et Avenir : Un dauphin qui chasse à l’électricité