La vitesse des bateaux à proximité d’épaulards serait le facteur qui influence le plus le niveau de bruit ambiant. C’est ce qu’a découvert une équipe de chercheurs américains ayant travaillé auprès d’une population d’épaulards menacée, les «résidants du Sud», et dont les résultats ont été publiés récemment dans la revue PLOS ONE.

Les baleines dépendent des sons pour se diriger, s’alimenter, se reproduire et socialiser. Le transport maritime, les industries minière et pétrolière, les activités militaires, et les pêcheries contribuent tous à l’augmentation implacable du niveau sonore dans les océans. Cette forme de pollution est aujourd’hui reconnue comme l’un des principaux dangers pour la survie de plusieurs espèces. Les épaulards (Orcinus orca) du Pacifique Nord-Est n’y échappent pas. Plusieurs études antérieures ont démontré que le bruit causé par les embarcations, notamment les bateaux d’observation, est l’un des facteurs menaçant le rétablissement de la population d’épaulards résidants du Sud. Les animaux perdraient notamment plus d’énergie à tenter de communiquer dans cette cacophonie qu’à vaquer à d’autres occupations essentielles.

Une équipe de l’Université de Washington, en collaboration avec des chercheurs de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), s’est intéressée particulièrement à la contribution sonore individuelle des bateaux à cette trame sonore affectant les épaulards résidant près de l’île de Vancouver et de l’état de Washington. Leurs résultats ont paru dans la revue PLOS ONE en décembre dernier.

La vitesse des bateaux à proximité d’épaulards serait le facteur qui influence le plus le niveau de bruit ambiant plutôt que la taille de l’embarcation. Pour obtenir ces données, l’équipe a utilisé des balises acoustiques, DTAGs, attachées temporairement à l’animal grâce à des ventouses et qui enregistraient les mouvements de l’animal et quantifiaient le bruit reçu par celui-ci. Simultanément, un appareil de positionnement par laser, installé sur le bateau de recherche qui suivait de près les navires étudiés, enregistrait les caractéristiques de chacun (type, taille, vitesse et position). Cette combinaison des deux techniques a permis de définir avec plus de précision la contribution de chaque bateau au bruit sous l’eau.

Conclusion de l’équipe: en limitant la vitesse des navires, il serait possible de réduire l’exposition des épaulards au bruit. À l’heure actuelle, la règlementation fédérale américaine exige des distances entre les baleines et les bateaux, mais aucune limite de vitesse n’est imposée, seulement une recommandation de ralentir  lorsqu’une baleine est présente dans un certain périmètre et d’éviter les changements brusques de direction. Les scientifiques précisent également que le bruit n’est pas le seul type de dérangement occasionné par les bateaux.

Des milliers d’observateurs partent à la rencontre de ces grands dauphins

La population d’épaulards résidante du sud du Pacifique Nord-Est est petite (environ 80 individus) et isolée génétiquement des autres groupes. Elle est désignée en voie de disparition au Canada et aux États-Unis. La diminution des stocks de saumon chinook (sa proie principale), l’exposition à des polluants chimiques tels que les biphényles polychlorés (BPC) et le dérangement dû au trafic maritime seraient les principaux responsables de son déclin.

L’observation des baleines est une activité en plein essor à travers le monde. En Colombie-Britannique, dans les années 1980, c’était près de 20 bateaux qui transportaient moins de 1 000 passagers par année pour l’observation des baleines. Aujourd’hui, c’est plus de 80 bateaux qui amènent un demi-million de personnes annuellement. À cette pression, s’ajoute la présence des bateaux de pêche, de la navigation marchande et des traversiers.

Source:

Sur le site de PLOS ONE: The Relationship between Vessel Traffic and Noise Levels Received by Killer Whales (Orcinus orca)

Pour en savoir plus:

Sur le site de Northwest Fisheries Science Center:  Vessel speed biggest factor in noise affecting killer whales

Sur le site de Washington Department of fish & Wildflife: Washington’s Vessel Regulation Protecting Southern Resident Killer Whales

Sur le site du Gouvernement du Canada: Programme de rétablissement de l’épaulard (Orcinus orca)

Sur le site de NOAA Fisheries: Killer whales

Sur le site de Baleines en direct:

La pollution sonore

L’épaulard (fiche signalétique)

Actualité - 7/1/2016

Marie-Sophie Giroux

Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005 et y a travaillé jusqu’en 2018. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct et Portrait de baleines. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle adore « raconter des histoires de baleines ».

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