La Russie poursuit ses relevés sismiques menaçant les baleines grises

  • 16 / 09 / 2010 Par Christine Gilliet – Mots et Marées - /

    En Russie, la compagnie d’Etat Rosneft a commencé fin août ses travaux d’exploration pétrolière au large de l’île Sakhalin malgré la demande expresse de douze pays, de comités scientifiques et de groupes de protection de les reporter au mois de juin 2011. Les baleines grises, une très petite population en voie de disparation, viennent s’alimenter dans cette région en été.

    Les relevés sismiques ou forages explorent le sous-sol en émettant des ondes sonores explosives de basse fréquence et répétitives, avec une portée de plusieurs centaines de kilomètres. Cette pollution acoustique est reconnue pour ses graves impacts sur la vie des mammifères marins qui utilisent l’ouïe pour détecter leurs proies, s’orienter et communiquer. Elle peut également entraîner des blessures internes à long terme.

    La population des baleines grises de l’ouest du Pacifique Nord est composée de 130 individus, dont une trentaine de femelles en âge de procréer. Ces baleines arrivent chaque année dans cette région pour s’alimenter avec leurs jeunes au mois de juillet. A la fin de l’été, elles repartent vers le sud pour des eaux plus chaudes et plus propices à la reproduction.

    Le gouvernement russe n’a pas entendu les demandes et recommandations

    Dans une lettre adressée au gouvernement russe, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Hongrie, l’Irlande, le Mexique, Monaco, la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont demandé le report des travaux en 2011, à une période précédant l’arrivée des baleines grises. Ils se sont appuyés sur les recommandations émises par le comité scientifique de la Commission baleinière internationale (CBI), l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) et le groupe Western Gray Whale Advisory Panel (WGWAP). Les experts de ces comités ainsi que leurs partenaires engagés dans la conservation de cette population, dont le Word Wildlife Fund (WWF), ont travaillé depuis 2004 avec les compagnies d’exploration gazière et pétrolière pour mettre en place des mesures minimisant l’impact de leurs travaux. Ils ont aussi expressément demandé au gouvernement russe de créer un sanctuaire au large de l’île Sakhalin. Les opérations menées par Rosneft se sont poursuivies malgré ces protestations officielles et celles du public. Elles ont été conduites jour et nuit, bien que la réglementation internationale et même celle du groupe pétrolier interdisent l’exploration nocturne.

    La seconde population du Pacifique Nord est un modèle de rétablissement

    La baleine grise (Eschrichtius robustus) est un cétacé à fanons vivant dans l’hémisphère nord que l’on trouve aujourd’hui seulement dans le Pacifique. Ses populations de l’Atlantique se sont éteintes au 19e siècle, pour des raisons inconnues. Parmi les mammifères marins, cette espèce effectue une des plus longues migrations, soit 8 000 km.

    La population de l’ouest du Pacifique Nord passe l’été dans la mer d’Okhotsk, dont la région se situant au nord-est de l’île Sakhalin. Sa destination hivernale n’est pas connue précisément. On suppose qu’elle traverserait la mer du Japon pour aller se reproduire dans les eaux tropicales du sud de la Chine. Elle est considérée par l’IUCN comme une espèce en danger critique d’extinction. Décimée par la chasse commerciale pratiquée par la Corée jusqu’en 1966, elle est menacée par les prises accidentelles dans des engins de pêche et l’exploration pétrolière et gazière.

    Par contre, la deuxième population de l’est du Pacifique Nord est un modèle de rétablissement depuis la mise en place de mesures de protection depuis 1937. Estimée à 26 000 individus, elle ne figure plus sur les listes des espèces menacées aux Etats-Unis depuis 1994.[WWF, IUCN, Zegreenweb, Treehugger]