Inquiétude : les bébés bélugas ont été rares cet été dans le Saint-Laurent

  • 13 / 10 / 2011 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Deux veaux ont été observés dans l´estuaire contre une moyenne d´un à deux veaux par jour pendant la période d´observation des chercheurs. Une situation qui soulève des questions pour les scientifiques. Hasard, phénomène naturel ou problème chronique de contamination? D´autre part, cet automne, la proposition du programme de rétablissement du béluga du Saint-Laurent est en cours de consultation.

    Le béluga est le seul cétacé résidant à l´année dans les eaux du Saint-Laurent dans lesquelles il se reproduit, se nourrit et met bas. La population du Saint-Laurent est estimée à 1 100 bélugas, selon le dernier relevé effectué en 2009 par l´Institut Maurice-Lamontagne de Mont-Joli, près de Rimouski, relevant de Pêches et Océans Canada.

    Un signal à interpréter et des hypothèses

    En moyenne, un à deux veaux par jour sont observés pendant la saison estivale d´observation effectuée par les chercheurs. Or cet été, seuls deux veaux ont été observés par l´équipe du Groupe de recherche et d´éducation sur les mammifères marins (GREMM) à Tadoussac dans l´estuaire, leur zone de répartition estivale, entre Rivière-du-Loup et Les Escoumins. « Est-ce possible que par le jeu du hasard on en soit arrivé à un si petit nombre de veaux observés en étant dans le mauvais troupeau? Est-ce un phénomène naturel avec moins de femelles fécondées cet été, donc moins de veaux? C´est un signal difficile à interpréter. Il va falloir regarder ce qui va se passer au cours des prochaines années », souligne Robert Michaud, président et directeur scientifique du GREMM, dans une entrevue au journal Le Soleil il y a quelques jours.

    Depuis 20 ans, la stabilité de la population des bélugas du Saint-Laurent préoccupe les chercheurs. Pourquoi n´augmente-t-elle pas en l´absence de tout prédateur? Le nombre de carcasses recueillies s´élève en moyenne à une quinzaine par année. L´hypothèse la plus vraisemblable pourrait être l´effet des contaminants sur les bélugas juvéniles. « On trouve régulièrement des infections parasitaires, virales, bactériennes chez des jeunes retrouvés morts. Y a-t-il un problème de recrutement parce que leur système immunitaire est atteint? Y a-t-il un lien entre la survie des juvéniles et la contamination, puisque le taux de naissance est normal? », poursuit Robert Michaud.

    Le plan de rétablissement en proposition

    Le programme de rétablissement du béluga (Delphinapterus leucas), population de l´estuaire du Saint-Laurent au Canada, a été élaboré et sa proposition est actuellement en période de consultation jusqu´au 25 novembre 2011. On peut y lire : « Le rétablissement de la population de bélugas du Saint-Laurent est réalisable et a pour but d´augmenter à long terme l´effectif de la population à 7 070 individus, ce qui correspond à 70 % de l´effectif d´origine. L´objectif visé à long terme devrait être atteint dans les années 2050 selon un taux optimal de croissance de la population de 4 % ou en 2100 suivant le taux actuel de croissance d´environ 1 %. Un objectif intermédiaire de 1 000 individus matures a également été établi. La taille de la population actuelle est estimée à environ 1100 individus au total. Afin d´atteindre ces objectifs de population, six objectifs de rétablissement ont été fixés:

    1) réduire les contaminants, chez le béluga, ses proies et leurs habitats;

    2) réduire le dérangement anthropique;

    3) assurer au béluga des ressources alimentaires accessibles et adéquates;

    4) atténuer les effets des autres menaces sur le rétablissement de cette population;

    5) protéger l´habitat du béluga sur toute son aire de répartition et

    6) assurer un suivi régulier de la population de bélugas de l´estuaire du Saint-Laurent. »

    En 1983, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) avait accordé au béluga du Saint-Laurent le statut d´espèce « en danger de disparition », étant donné le déclin important causé par une chasse excessive, abolie en 1979. Puis, en mai 2004, le COSEPAC a changé son statut pour « espèce menacée », après l´adoption de nouveaux critères quantitatifs de classification afin de les harmoniser avec ceux de l´Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le béluga du Saint-Laurent a été inscrit en tant qu´espèce menacée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) en mai 2005.[Le Soleil, Registre public des espèces en péril]

    Pour en savoir plus:

    Programme de rétablissement du béluga du Saint-Laurent