Exploration pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent: la porte s’ouvre dans une portion terre-neuvienne

  • © Jean-François Noël
    09 / 05 / 2014 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Le rapport final de l’évaluation environnementale stratégique de l’Ouest de Terre-Neuve estime que l’exploration pétrolière peut y être réalisée et propose des mesures d’atténuation. Une évaluation jugée décevante par les défenseurs de l’environnement.

    L’Office Canada–Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers (OCTNLHE ou l’Office) vient de publier sur son site web le rapport final de la mise à jour de l’évaluation environnementale stratégique (EES) portant sur la portion terre-neuvienne du golfe du Saint-Laurent. Ce rapport de 761 pages, commandé par l’Office et rédigé par l’entreprise de génie-conseil AMEC, livre un portrait global des problèmes environnementaux qui pourraient être associés aux activités d’exploration de pétrole et de gaz dans la zone extracôtière de l’Ouest de Terre-Neuve.

    À chaque porteur de projet

    L’Office est responsable, au nom des gouvernements du Canada et de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, de la gestion des ressources pétrolières dans la zone extracôtière de cette province. En conclusion de ce rapport, conclusion qu’il a lui-même rédigée, l’Office annonce que «… des activités d’exploration pétrolière peuvent généralement être entreprises dans la zone extracôtière de l’Ouest de Terre-Neuve, avec la mise en place des mesures d’atténuation décrites dans le document ».

    S’il relève plusieurs lacunes dans les données scientifiques sur le golfe, certaines concernant l’ensemble de la zone visée par la mise à jour de l’EES et d’autres des secteurs restreints de la zone, il ajoute que c’est au promoteur de projet d’exploration de combler ces lacunes. En effet, pour toute entreprise détentrice d’un permis voulant mener un projet d’exploration dans la zone étudiée par l’EES, il précise: « L’évaluation environnementale propre aux projets servira à déterminer la nature et l’étendue des restrictions ou des mesures d’atténuation exceptionnelles à mettre en œuvre pour toute activité proposée dans la zone visée par la mise a jour de l’EES. »

    C’est le cas actuellement pour le projet d’exploration du site Old Harry qui se trouve à la lisière de la zone étudiée par l’EES, à 80 km au nord-est des îles de la Madeleine. Le rapport final d’évaluation environnementale du projet, produit par l’entreprise Corridor Ressources détentrice des permis d’exploration, devrait être livré d’ici quelques semaines. Ce rapport sera soumis à l’Office qui, avant d’amorcer tout processus de délivrance d’un permis de forage, statuera si le projet risque ou non de causer des dommages à l’environnement.

    « Une approche de “ cas par cas ” pour les futurs projets d’exploration ou d’exploitation, ce qui va à l’encontre du but recherché de l’ÉES », conclut de son côté Jean-Patrick Toussaint, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki. Par un communiqué et l’entremise de son porte-parole, Sylvain Archambault, la Coalition Saint-Laurent réagit: « Ce rapport très décevant ne fait que réaffirmer ce que nous demandons depuis la création de notre Coalition, soit un processus d’examen indépendant fédéral et multiprovincial, ce qui permettrait de réaliser une étude et des consultations publiques pour l’ensemble du golfe. Entretemps, il importe qu’un moratoire sur les activités pétrolières soit instauré pour l’ensemble du golfe du Saint-Laurent compte tenu des grandes sensibilités de cet écosystème et des inquiétudes sans cesse grandissantes des communautés qui le bordent. »

    Nouveau stress pour le golfe, et pour les mammifères marins

    Selon le rapport, trois Zones importantes pour les mammifères marins (ZIMM), désignées par le ministère Pêches et Océans Canada, sont situées au moins partiellement dans la zone visée par la mise à jour de l’EES: le plateau occidental de Terre-Neuve, le détroit de Belle Isle/plateau de Mécatina et l’entrée de la baie Saint George. La présence de cinq espèces de mammifères marins figurant sur la liste fédérale des espèces en péril est avérée dans la zone visée par la mise à jour de l’EES: rorqual bleu, baleine noire, baleine à bec commune, béluga et rorqual commun. De même que des aires de fraie et de croissance du hareng et du capelan, entre autres espèces marines, qui sont des ressources alimentaires essentielles de certaines espèces de mammifères marins.

    « À la lecture du document, ajoute Sylvain Archambault, on se rend compte qu’il y a beaucoup de sites de grande sensibilité et de fragilité, pour des espèces menacées, leur fraie et leur migration. Le golfe subit déjà plusieurs stress et commence à perdre ses capacités à réagir. » Il évoque l’acidification des eaux et l’hypoxie en eaux profondes, et leur réchauffement dans le contexte des changements climatiques.

    Plus de cohérence avec les EES du reste du golfe

    Ces défenseurs de l’environnement auraient souhaité voir des secteurs d’exclusion pour les zones sensibles et que l’EES fasse référence à celle réalisée par le gouvernement du Québec dans sa portion provinciale – et non pas simplement la citer. Cette EES2, publiée à l’automne 2013, a dressé une liste d’une trentaine de lacunes dans l’état actuel des connaissances scientifiques sur le golfe, souligné l’absence d’acceptabilité sociale d’une industrie pétrolière, les carences dans l’intervention d’urgence en cas de déversement et l’insuffisance d’un encadrement réglementaire.

    Plus loin en amont du Saint-Laurent, dans l’estuaire maritime, le gouvernement québécois a instauré en 2011 l’interdiction d’implanter des activités pétrolières, considérant à la suite de l’EES1 que le milieu était complexe et fragile.

    À savoir

    Une étude publiée aujourd’hui dans Environmental Research Letters révèle qu’un déversement à Old Harry menacerait tout l’est du golfe.

    Sources

    Sur le site de l’Office Canada-Terre-Neuve et Labrador des hydrocarbures extracôtiers:

     

    Pour en savoir plus: