En l’espace de quelques semaines, ce sont deux carcasses de baleines noires de l’Atlantique Nord qui ont été retrouvées au large des côtes étatsuniennes. La première est la carcasse de l’un des veaux de l’année, celui de la femelle Infinity, et la deuxième est celle d’un mâle adulte surnommé Cottontail, qui avait déjà été repéré empêtré à l’automne.

C’est un coup dur pour cette espèce en danger critique d’extinction qui compte moins de 360 individus. Après le bel élan d’espoir qu’avait constitué une saison des naissances encourageante, ces décès rappellent les deux principaux dangers qui guettent les baleines noires: les collisions avec des navires et les empêtrements dans les engins de pêche.

Un veau frappé par un navire

Le 12 février 2021, les chercheurs s’enthousiasment de l’observation d’un quinzième veau dans la population de baleine noire de l’Atlantique Nord, faisant de 2021 la meilleure saison de reproduction depuis 6 ans! Le lendemain, c’est la douche froide: la carcasse d’un baleineau mâle de 7 mètres de long est retrouvée sur la plage de St. Augustine, en Floride.

Rapidement, l’individu est identifié: il s’agit du jeune veau d’Infinity (#3230). Âgé de seulement quelques semaines, il avait été aperçu pour la première fois en compagnie de sa mère au large de l’ile Amélia, en Floride, le 17 janvier.

Son corps porte des cicatrices très caractéristiques d’hélices qui laissent assez rapidement supposer que sa mort est due à une collision. La nécropsie révèle de sévères contusions – crâne fendu, côtes brisées – qui pointent également vers une rencontre fatale avec un navire. Des recherches aériennes ont permis de retrouver la trace de la mère, Infinity, qui arbore deux larges coupures d’hélice sur le flanc gauche.

Actuellement, une investigation est en cours. Des soupçons portent sur un bateau de plaisance à moteur, en détresse à quelques milles nautiques de là après ce qui semble être une collision avec une baleine.

Ce baleineau est la deuxième victime d’une collision cette saison. Une première carcasse de veau couverte de coupures d’hélices avait été retrouvée au large de la Caroline du Nord, en novembre 2020.

Empêtrement mortel pour Cottontail

Le 28 février, une carcasse de baleine noire est retrouvée flottant à 15 milles au large de la Caroline du Sud. Les équipes sur place l’identifient comme l’individu #3920 au catalogue, aussi connu sous le nom de Cottontail. Ce mâle âgé de onze ans était bien connu des équipes de chercheur pour sa présence quasi annuelle dans la baie de Cape Cod. Il avait déjà été repéré avec ses cordages une première fois en octobre 2020, puis revu vivant, mais très amaigri, le 18 février, au large de la Floride.

On ne sait pas à quand remonte son empêtrement ni où cela a pu se produire. Les analyses des cordages devraient nous apporter des réponses. Cottontail avait été observé en mars 2020 au sud de Nantucket, sans cordage. C’est dans cette même zone qu’il a ensuite été repéré, empêtré, six mois plus tard, lors d’un vol effectué pour retrouver une autre baleine empêtrée. Où est-il allé entretemps ?

Lors du premier signalement, en octobre, l’équipe d’intervention du Centre pour les études côtières (CSS) s’inquiète : «Il [avait] une ligne au-dessus de sa tête, sortant des deux côtés de sa bouche, qui s’étendait au-delà de sa queue sur environ trois ou quatre longueurs de corps». L’équipe réussit à retirer certains éléments et à ajouter une balise satellite pour suivre la baleine, mais la météo des jours qui suivent ne permet pas d’intervention. Malgré les efforts pour l’aider, Cottontail est décédé avant que l’équipe d’intervention réussisse à le débarrasser de ses cordages.

La découverte de la carcasse de Cottontail alourdit le bilan à 34 décès répertoriés de baleines noires de l’Atlantique Nord depuis 2017, soit presque 10% de la population totale de cette espèce.

Actualité - 5/3/2021

Laure Marandet

Laure Marandet est rédactrice pour le GREMM depuis l'hiver 2020. Persuadée que la conservation des espèces passe par une meilleure connaissance du grand public, elle pratique avec passion la vulgarisation scientifique depuis plus de 15 ans. Ses armes: une double formation de biologiste et de journaliste, une insatiable curiosité, un amour d'enfant pour le monde animal, et la patience nécessaire pour ciseler des textes à la fois clairs et précis.

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