On peut reconnaitre certaines espèces de baleines par leur souffle lorsqu’on est un observateur aguerri (lire ici des centaines d’heures d’observation, minimum) et que les conditions météo le permettent. Par contre, pour bien des espèces, le souffle n’est habituellement pas visible. Sauf dans certaines conditions.

Voilà pourquoi Laure Marandet, rédactrice pour Baleines en direct, a pu repérer des bélugas dans le Saguenay par leurs souffles! Alors qu’elle marche avec ses chiens sur la plage de L’Anse-de-Roche le 1ernovembre, des petits nuages se formant à ras l’eau attirent son attention. Puis, en face de l’Anse-à-Pierrot, elle constate que ce sont une vingtaine de bélugas qui nagent ensemble.

Pourquoi leurs souffles sont-ils visibles, alors que d’habitude, non? Le corps des baleines reste à une chaleur semblable à la nôtre, soit environ 37oC. L’air contenu dans leurs poumons est donc aussi à cette température. Ainsi, lorsque six bélugas expirent au large de Saint-Irénée le 3 novembre, l’air chaud se condense au contact de l’air extérieur plus froid en ce début novembre bien frisquet. Pendant 30 minutes, l’observatrice profite de leur ballet.

Mais pourquoi, alors, voit-on le souffle des grands rorquals toute l’année? En plus de la différence de température, l’air expiré étant comprimé, la différence de pression entre les poumons et l’air ambiant provoque la condensation ou vapeur du souffle. Dans cette masse d’air expulsée, on trouve aussi des gouttelettes d’eau et d’huile provenant des voies respiratoires supérieures ou du dessus de l’évent, en plus grand nombre pour une plus grosse baleine.

Ainsi, le souffle du rorqual bleu visitant la baie de Gaspé a de quoi faire lever les yeux d’un couple de leur déjeuner de Cap-aux-Os le 1er novembre. «Le temps qu’on se chicane à savoir si c’était un rorqual bleu ou un rorqual commun, l’animal s’est approché et on a pu trancher, c’était bien une baleine bleue.» Le couple observe aussi phoques communs et phoques gris dans la baie.

À l’extérieur de la baie, les vagues ont enflé sur le Saint-Laurent. Tellement que des braves les ont surfées près de Percé! «Le temps n’était pas bon pour voir des baleines, mais j’ai vu des phoques gris jouer dans les vagues», raconte un surfeur.

Les mentions de mammifères marins surfant les vagues abondent partout sur la planète. Si les dauphins sont connus pour jouer avec le sillage des bateaux, un petit rorqual a déjà été filmé par un assistant de recherche du GREMM en train de surfer au large de Tadoussac!

Un autre phoque a suscité la curiosité des marins du traversier de Rivière-du-Loup-Saint-Siméon le 4 novembre. Ce phoque du Groenland a profité des glaces près du quai de Rivière-du-Loup pour se reposer. Cette espèce est majoritairement observée dans l’estuaire durant l’hiver. La saison est vraiment à nos portes!

La migration est commencée

Le 1er novembre, une résidente de Cap-des-Rosiers, en Gaspésie, commence sa journée avec le lever du soleil. À environ un mille nautique de la côte, un rorqual à bosse se dirige vers l’ouest. «C’était tout doré quand il levait la queue. Un spectacle magnifique!»

À Sept-Îles et à Longue-Pointe-de-Mingan, quelques petits rorquals arpentent encore les côtes. Loin au large de Port-Cartier, une poignée de rorquals communs continuent de s’alimenter. Jacques Gélineau constate que plusieurs animaux ont quitté le secteur. Les animaux ont-ils migré ou ont-ils seulement voulu éviter le gros temps près des côtes?

Du côté du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, même son de cloches. Il reste encore au large des groupes de rorquals communs, mais les rorquals à bosse ne semblent plus là. «Il y a encore une quinzaine de petits rorquals. Je peux facilement les compter avec leurs souffles bien visibles dans le froid», relate un recenseur d’oiseaux migrateurs. Si les baleines ont entamé la migration, qu’en est-il des oiseaux? «En général, ça se calme. Par contre, le 3 novembre, nous avons battu un record de migration de pygargue à tête blanche. J’en ai recensé 63, dont un groupe de 11 avec lequel volait un aigle royal! En tout, cette saison, on en a compté 565, et le record précédent était de 320 pygargues, en 2019. L’espèce a l’air de prendre du mieux!» À la blague, l’ornithologue lance: «ils avaient l’air pressés. Peut-être qu’ils allaient tous voter aux États-Unis…»

Observations de la semaine - 5/11/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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