Des rorquals à bosse passent l’hiver dans les hautes latitudes de l’Antarctique

  • 12 / 09 / 2013 Par Christine Gilliet – Mots et Marées - / /

    Au lieu de migrer vers les eaux tropicales, ces rorquals ont passé l’hiver au froid et fréquenté des eaux côtières loin des aires d’alimentation qu’on leur connait, au-delà du 60e parallèle.

    Qu’ils vivent dans l’hémisphère nord ou sud, les rorquals à bosse ont le même patron de migration. Au début de l’hiver, ils quittent les hautes latitudes pour les eaux plus chaudes des tropiques ou de l’équateur. S’ils effectuent une migration de plusieurs milliers de kilomètres, c’est qu’ils y trouvent un bénéfice, même si elle implique une forte consommation d’énergie. Les eaux froides des régions fréquentées en été sont riches en nourriture; les quartiers d’hiver plus cléments et dépourvus de prédateurs sont propices à la reproduction, la mise bas et l’allaitement.

    Toutefois, ce patron de migration se révèle plus élastique, avec les observations et les résultats d’études menées dans les deux hémisphères, mettant en évidence que des individus ou une partie de population ne migrent pas et demeurent dans leurs aires d’alimentation pendant l’hiver. Dans son introduction, l’étude réalisée en Antarctique, menée par Ilse Van Opzeeland et publiée sur le site PLoS One le 6 septembre 2013, rappelle que des rorquals à bosse du Pacifique Nord passent toute l’année en Alaska et que des rorquals à bosse femelles se reproduisant à l’est de l’Australie restent en Antarctique l’hiver.

    Un laboratoire acoustique au 70°

    Les scientifiques auteurs de l’étude travaillent au sein de l’Alfred Wegener Institute, Helmholtz Centre for Polar and Marine Research (AWI) et sont basés sur une banquise qui borde le continent antarctique dans l’est de la mer de Weddell (German Neumayer Station II). Ils ont découvert qu’une partie de la population des rorquals à bosse de l’Antarctique passe l’hiver au niveau du 70e degré de latitude, loin de leurs aires d’alimentation estivales habituelles. Ils ont enregistré leurs vocalises émises dans un rayon d’une centaine de kilomètres autour de leur laboratoire d’acoustique, le PerenniAL Acoustic Laboratory in the Antarctic Ocean (PALAOA), qui se trouve sur cette latitude.

    Leurs enregistrements ont révélé que les mégaptères ont été présents dans cette région pendant huit mois en 2008 et onze en 2009.

    Ces observations ont bousculé les connaissances partagées jusqu’à aujourd’hui par les biologistes marins selon lesquelles les rorquals à bosse s’établissent en Antarctique pendant l’été austral pour se nourrir de krill dans les régions libres de glace des 60 degrés de latitude.

    Qui reste l’hiver dans les hautes latitudes?

    Deux types de vocalises ont été enregistrés pendant les deux hivers: des sons émis dans une gamme de hautes fréquences et des sons graves ou mugissements; leurs séquences sont atypiques, ne pouvant être attribuées à des chants émis par les mâles en période de reproduction pour attirer les femelles.

    Les scientifiques ne sont pas en mesure d’identifier la fonction de ces vocalises et par quels individus elles ont été émises. Mais ils pensent que ces appels pourraient être produits par de jeunes femelles qui ne sont pas encore capables de se reproduire et s’épargnent une migration de 7 000 kilomètres vers le sud de l’Afrique. En restant en Antarctique l’hiver, cette économie d’énergie leur permettrait de maximiser leur croissance. De plus, il est probable que les régions côtières de l’est de la mer de Weddell soient assez riches en krill pour que ces individus se nourrissent suffisamment, même pendant l’hiver, et engrangent assez de réserves de graisse pour se préparer à migrer et à se reproduire l’année suivante.

    Les vocalises enregistrées seraient produites par des individus appartenant au stock B qui se reproduit près de la côte ouest de l’Afrique du Sud.

    Krill et polynies

    Selon l’hypothèse de l’étude, ces rorquals à bosse seraient confinés à des zones côtières où des zones libres de glace ou polynies se forment avec les vents, et permettent aux rorquals de respirer. Ils suivraient le déplacement de ces polynies en fonction de leurs périodes d’ouverture et de fermeture dans le couvert de glace qui s’étend pendant l’hiver.

    Cela expliquerait l’absence d’enregistrement de vocalises pendant certains mois de l’année 2008 et le mois de septembre 2009, les moniteurs du laboratoire, dont le rayon d’enregistrement est de 100 km, n’ayant pu capter ces sons si les rorquals étaient au-delà de cette distance.

    Sources: PLoS One, e! Science News, CNRS Inist.