La vidéo de deux kayakistes se faisant prendre dans la bouchée d’un rorqual à bosse a fait le tour du monde. Au large d’Avila Beach, en Californie, deux femmes pagayaient dans un coin bondé de plaisanciers et de baleines en alimentation. Une baleine à bosse les a alors attrapées alors qu’elle engouffrait un banc de petits poissons proches de la surface. Le kayak et les deux femmes ont été recrachés par la baleine rapidement. Sans blessures, elles ont pu regagner la terre ferme. Que retenir de cette rare mésaventure?

Les kayakistes n’auraient pas pu être avalées, mais…

Non, le rorqual à bosse n’aurait pas pu avaler les kayakistes. Ni le kayak, ni elles. La taille de l’œsophage n’est pas adaptée à des «proies» de telle forme et grosseur. Toutefois, la force de la mâchoire de l’animal aurait pu blesser, voire tuer les kayakistes. Elles auraient aussi pu être prises trop longtemps sous l’eau et se noyer. Elles ont donc été chanceuses, comme le plongeur qui s’était retrouvé dans la bouche d’un rorqual de Bryde.

Plus de peur que de mal pour les humains, mais pour la baleine? On ne sait pas si elle s’est blessée ou cassé un fanon dans l’aventure. Difficile aussi de calculer l’énergie dépensée inutilement à réunir les proies qu’elle n’a pas pu avaler.

Cohabiter avec les baleines, ce n’est pas toujours facile

Cette rencontre montre bien la gêne que peut constituer pour une baleine une embarcation, même légère et silencieuse comme un kayak. C’est un obstacle de plus à prendre en compte dans son environnement lorsqu’elle souhaite remonter à la surface pour respirer ou lorsqu’elle s’alimente. Pour des kayakistes, à ras l’eau, repérer les animaux qui arrivent dans leur direction n’est pas toujours facile non plus. La vigilance est donc de mise pour s’assurer de sa propre sécurité sur l’eau. En plus, cela aide au bienêtre des baleines!

Au Canada, des règlements encadrent la navigation dans l’habitat des baleines, dans le but de diminuer l’impact de cette activité sur elles. Ces règlements touchent tous les types d’embarcations, même les kayaks. Par exemple, une distance de 100 mètres doit être maintenue avec la majorité des espèces, dont les rorquals à bosse. Cette distance vise entre autres à éviter ce type d’incident, qui, rappelons-le, est assez rare.

Être formé et vigilant

Bien connaitre le milieu marin et les baleines peut aussi aider à diminuer les risques d’incidents. Vous pouvez par exemple apprendre à reconnaitre les comportements liés à l’alimentation : nager sur le côté, effectuer des respirations rapides en surface, ouvrir la gueule. Dans ce cas, mieux vaut s’éloigner pour laisser à la baleine toute la marge de manœuvre nécessaire à son repas. Car lorsqu’une baleine se concentre sur ses proies, elle fait moins attention à vous! Des indices comme un fort rassemblement d’oiseaux marins en train de plonger indiquent qu’un gros banc de poissons se trouve probablement sous la surface. Il vaut mieux éviter la zone, d’abord pour permettre aux oiseaux de s’alimenter correctement, ensuite parce que des baleines s’intéressent possiblement elles aussi à ces proies.

Vous souhaitez vous former sur la navigation en présence des baleines? Une formation gratuite est accessible en ligne. Elle vous permettra de naviguer dans le plaisir et le respect des baleines.

Actualité - 12/11/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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