Des germes pathogènes terrestres infectent les mammifères marins

  • 01 / 03 / 2012 Par Christine Gilliet – Mots et Marées - /

    Sur 5 000 mortalités de cétacés et dauphins de la côte ouest des États-Unis et du Canada, 40 % d´entre elles ont été causées par des agents infectieux présents chez l´homme et des animaux terrestres. Avec ces résultats également préoccupants pour la santé humaine, les scientifiques auteurs de l´étude font des recommandations pour limiter ce transfert, toxique à double sens.

    Des scientifiques de l´University of British Columbia (UBC) et du California Fish and Game ont livré leurs résultats lors de la rencontre annuelle de l´American Association for the Advancement of Science (AAAS) à Vancouver au Canada, les 18 et 19 février 2012. De 1998 à 2010, ils ont effectué des nécropsies et des analyses sur presque 5000 mammifères marins retrouvés morts sur les côtes du Pacifique Nord-Ouest, en Colombie-Britannique au Canada et aux États-Unis. Les espèces concernées étaient des baleines, des dauphins, des marsouins, des otaries, des loutres et des phoques. Selon eux, les mammifères marins sont de plus en plus contaminés par des virus, microbes, champignons, parasites propres aux humains et aux animaux domestiques et sauvages terrestres, ceci dans le monde entier.

    Les mammifères marins morts de maladies neurologiques étaient infectés par deux parasites, le Toxoplasma gondii et le Sarcocystis, que l´on trouve dans les fèces de chats, de félins et d´opossums. Le Toxoplasma gondii est particulièrement résistant et disséminé dans l´environnement, mais pour les humains, le risque de contamination est écarté par la cuisson des aliments ou l´ébullition de l´eau. Les chercheurs ont identifié récemment et pour la première fois un cas d´infection chez les loutres de mer par le Neospora caninum, un parasite responsable d´avortements chez les bovins laitiers et de maladies musculaires et osseuses chez les chiens.

    Des risques pour la santé humaine et des recommandations

    Selon les chercheurs, ces maladies infectieuses menacent aussi de plus en plus les hommes pour qui la mer est une source de nourriture, un lieu de vacances ou de travail qu´ils partagent avec les organismes marins. Pour limiter le transfert des agents pathogènes de la terre à la mer, les chercheurs recommandent une meilleure gestion des populations urbaines d´animaux nuisibles, le maintien des milieux humides, comme les marécages, qui sont des filtres naturels, mais dont leur surface se réduit avec l´urbanisation et l´industrialisation. Ils préconisent de réduire les rejets polluants à proximité des côtes et de contrôler la qualité de l´eau pour prévenir l´intrusion de germes pathogènes et de toxines dans la chaîne alimentaire. Une collaboration entre les régions côtières et de l´intérieur est également cruciale.

    Avec les changements climatiques

    L´impact de ces transferts toxiques entre la terre et la mer est à craindre avec celui des changements climatiques sur les océans et ses écosystèmes. L´acidification de l´eau de mer s´accroit, notamment due à son absorption de CO2 émis par les activités humaines : « On voit une chute de 30 % des microbes, plantes et animaux » dans les océans, déclare Jason Hall-Spencer de l´Université de Plymouth en Grande-Bretagne. Elle provoque la mort du naissain des larves d ‘huîtres et de moules dans le monde entier, comme l´explique une des chercheuses, Gretchen Hofmann, l´Université de Californie à Santa Barbara.

    Le réchauffement de l´eau entraîne un phénomène d´hypoxie, ou de diminution du taux d´oxygène, documenté dans de nombreuses régions océaniques du monde et surtout dans les couches profondes. Il exerce aussi une pression sur les écosystèmes marins, notamment ceux des abysses qui nous sont en grande majorité encore inconnus.

    La partie du Saint-Laurent alimentée en eaux salées de l´Atlantique et de l´Arctique par les marées souffre également d ‘acidification et d´hypoxie, comme l´indiquent de récentes études. Sur ses rives fortement peuplées, des milieux humides ont été asséchés pour laisser la place aux activités humaines. Et tout près des rives, c´est l´habitat, saisonnier ou annuel, d´une quinzaine d´espèces de mammifères marins, baleines et phoques.[Science Daily, Surf-Prévention, AFP]

    En savior plus

    Sur le site de Surf-Prévention :Santé Environnement : les microbes de la Terre contaminent les animaux de la Mer