Un fossile datant de l’époque de l’Oligocène a été étudié en Caroline du Sud en 2020 par une équipe de recherche étasunienne. Il s’agit d’un ancêtre de la famille des dauphins nommé Ankylorhiza, un prédateur considérable de l’ère du Cénozoïque. Ce squelette peu banal permet de mieux comprendre la période d’évolution des animaux se nourrissant par filtration et de l’écholocalisation comme peu d’autres fossiles l’ont fait jusqu’à maintenant.

Trouvé en 1990, le fossile est confié au Musée d’histoire naturelle Mace Brown, à Charleston, États-Unis. Les observations sur lui sont finalement publiées depuis peu dans la revue scientifique Current Biology.

Évolution parallèle, mais semblable

Il y a 50 millions d’années, les premières baleines sont apparues. L’Ankylorhiza tiedemani, une espèce de dauphin éteinte dont les individus mesuraient 15 pieds (environ 4,5 m), aurait vécu il y a 25 millions d’années! Le fossile trouvé est une découverte précieuse qui révèle des informations importantes sur l’adaptation à la nage des baleines d’aujourd’hui.

Dans l’article, le chercheur Robert Boessenecker du College of Charleston en Caroline du Sud et son équipe expliquent que les mysticètes et les odontocètes (dont les espèces de dauphins) ont développé des adaptations communes pour en arriver à des techniques de nage comparables. Ces changements se sont faits indépendamment. On trouve aujourd’hui deux ordres de cétacés, dont les odontocètes (baleines à dents) et les mysticètes (baleines à fanons). Ils ont le même ancêtre, mais les traits adaptatifs suivants n’étaient pas présents à l’origine. Il s’agit du rétrécissement de la queue, de l’augmentation du nombre de vertèbres caudales et du raccourcissement de l’humérus des nageoires au fil du temps. Le fossile d’Ankylorhiza montre que ces évolutions ont eu lieu dans les deux ordres, parallèlement.

Les chercheurs précisent que ces adaptations sont assez uniques. Elles ne sont pas observables avec les lignées de phoques ni de lions de mer, qui sont d’autres mammifères marins.

Un crâne plus asymétrique

Plus largement, d’autres fossiles ont été analysés. L’étude des crânes de plusieurs espèces de baleines apporte des avancées significatives sur la compréhension de l’écholocalisation. L’écholocalisation, une technique entre autres utilisée pour chasser des proies, est une capacité que les baleines à dents ont pu développer au fil des milliers d’années. Elle consiste en l’envoi de sons et en leur réception pour appréhender l’environnement.

Une étude menée par plusieurs chercheurs, dont certains du Musée d’histoire naturelle de Londres, compare les crânes de 84 individus d’espèces de cétacés d’aujourd’hui et ceux de 78 cétacés de races éteintes.

La chercheuse principale, Ellen Coombs, mentionne que les baleines à dents sont connues pour avoir un crâne asymétrique. Cet état est plutôt unique dans le règne animal et leur est conféré par la présence de beaucoup de tissus mous leur permettant de capter les échos des sons émis pour localiser les proies. Selon l’étude, l’évolution de ces tissus mous (depuis 30 millions d’années selon les études) a créé l’asymétrie du crâne responsable de la capacité à écholocaliser des odontocètes. Cette évolution serait due aux techniques de chasse de ces animaux.

Du côté des baleines à fanons, leur crâne conserve encore maintenant des asymétries, mais de façon moindre. Malgré ces caractéristiques, les chercheurs émettent tout de même de sérieux doutes quant à leur capacité à avoir déjà pu émettre les ultrasons nécessaires à l’écholocalisation.

Le processus de la diminution considérable de ces «déformations» du crâne nécessaires à la réception d’ultrasons demeure nébuleux pour les scientifiques. L’équipe émet l’hypothèse que le crâne des mysticètes subira peut-être d’autres modifications comme ce fût le cas des baleines à dents en vue d’améliorer sa capacité d’écholocalisation au cours des générations futures.

 

Ce fossile permet donc de concevoir quelques-unes des nombreuses étapes d’évolutions qui se sont produites en plus de 23 millions d’années. Les os de cet Ankylorhiza révèlent la formidable adaptabilité de ces cétacés.

Actualité - 7/1/2021

Jasmine Tremblay-Bouchard

Assistante aux communications à l’hiver 2020-2021, Jasmine contribue en tant que rédactrice aux activités du GREMM afin de sensibiliser le public sur la situation des baleines et des phoques du Saint-Laurent. Son enthousiasme pour la cause écologique l'amène à élargir ses connaissances en permanence. Les mammifères marins lui inspirent l’intelligence, l’amour et la beauté.

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