Des baleines dans les oreilles

  • Ce rorqual commun a été pris en photo le 12 septembre dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Les taches dorées sont en fait des algues appelées diatomées. // This fin whale was taken in picture on September 12. It is covered with microscopic algae called diatoms. © GREMM
    13 / 09 / 2018 Par Marie-Ève Muller

    D’un pas hésitant, elle s’avance sur la rampe qui descend vers le quai de la marina de Tadoussac où l’attend un zodiac. «C’est à pic, faites attention», l’avertit le capitaine. Elle prend place en tenant le bras d’un matelot, trouve sa place en suivant les rondeurs du zodiac. Le moteur résonne, le vent lui fouette la figure où un large sourire se dessine. Le moteur cesse de gronder, l’embarcation ralentit, la brise sifflote dans ses oreilles. «Pfffou». Comme un coup de canon au loin. Autour d’elle, les gens s’exclament. «On voit son dos, un dos long, lisse, tout noir!». Elle peut imaginer la texture de ce dos, elle entend le souffle, l’eau ruisseler sur la longue surface du rorqual commun venu respirer, elle ressent l’excitation du moment. Tout au long de sa croisière du 7 septembre, elle entend le souffle de trois rorquals communs et de plusieurs petits rorquals. Oui, même aveugle, observer les baleines est une expérience excitante.

    Pendant la nuit du 8 au 9 septembre, les campeurs aux Bergeronnes se font réveiller aux alentours de minuit trente par un souffle puissant. «C’est frustrant de ne pas pouvoir les voir!», chuchote un campeur en pyjama, descendu sur les roches pour tenter de voir d’où vient cette respiration longue et profonde. Qu’a-t-il entendu cette nuit-là? Difficile de le savoir, car par temps calme, même le souffle des marsouins et des bélugas est audible.

    Deux rorquals communs soufflent à la surface. © GREMM

    Le 10 septembre, un garde-parc arrive sur l’ile Bonaventure pour observer la bruyante colonie de fous de Bassan. Au large, il observe trois rorquals communs qui nagent à 1 mille marin et demi au large, et un peu plus au sud, deux souffles de rorquals à bosse en déplacement. «Ils nagent côte à côte, très serrés, et un est nettement plus petit que l’autre, une paire mère-veau ?», se demande-t-il. Dans la baie de Gaspé, le 11 septembre, c’est bien une paire mère-veau, rorquals communs qui est observée ce jour-là.

    Mauvaise lumière, le 11 septembre, pour la photo-identification des rorquals communs au large de Mingan. Malgré tout, l’équipe de la Station de recherche des iles Mingan parvient à photographier deux rorquals bleus, deux rorquals à bosses et quelques rorquals communs. Une baleine noire est également observée dans ce secteur. L’analyse des photos est en cours pour identifier quels individus ont été vus.

    Au sud de la rivière Brochu entre Port-Cartier et Sept-Îles, un observateur repère à partir de la rive le 12 septembre sept grands souffles, trop loin cette fois pour pouvoir les entendre. Comment se forment ces longs nuages que sont les souffles? L’air chaud à 37°C contenu dans les poumons se condense au contact de l’air extérieur plus froid. En plus de la différence de température, l’air expiré est comprimé : la différence de pression entre les poumons et l’air ambiant provoque également cette condensation ou vapeur. Dans cette masse d’air expulsée, on trouve aussi des gouttelettes d’eau et d’huile qui proviennent des voies respiratoires supérieures ou du dessus de l’évent, donnant une odeur pas toujours agréable!

    Légende pour les icônes de baleine

    Gris pâle: béluga
    Gris foncé: rorqual commun
    Noir: petit rorqual
    Bleu clair: rorqual à bosse
    Bleu foncé: rorqual bleu
    Violet: baleine noire

    Légende pour les icônes de dauphin

    Brun: marsouin commun
    Gris foncé : dauphin à flancs blancs

    Légende pour les icônes de phoque

    Gris: phoque gris
    Kaki: phoque commun

    Légende pour les poissons

    Turquoise: Thon rouge

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.