Comment quantifier la valeur des biens et services de la nature?

  • 27 / 01 / 2011 Par Christine Gilliet – Mots et Marées

    Capital naturel, services écosystémiques, comptabilité écosystémique des entreprises, bilan biodiversité… Scientifiques et gestionnaires de l’environnement travaillent sur ces nouveaux concepts et techniques qui sont complexes. Pour quoi faire? Anticiper sur les impacts d’un désastre écologique et mieux évaluer les dommages? Contraindre et responsabiliser les entreprises utilisatrices? La marée noire du golfe est un cas d’étude. Et pour le Saint-Laurent?

    Joël Houdet, Président de Synergiz, en France, propose un avis d’expert sur les enjeux comptables de la marée noire du golfe du Mexique après la publication en novembre dernier du compte de résultat de BP incluant les charges liées à la marée noire du golfe du Mexique.

    Une évaluation complexe

    Les coûts à venir des opérations de restauration écologique sont très difficiles à évaluer. Parmi les quelque 20 catégories de services écosystémiques (SE) affectés, il cite l’approvisionnement pour la pêche commerciale, la régulation du climat des marais côtiers et des écosystèmes aquatiques séquestrant du carbone, la protection contre les ouragans des marécages côtiers et les services culturels, récréatifs et spirituels.

    Joël Houdet propose une extension de la comptabilité des entreprises à une comptabilité écosystémique intégrant des données sur l’état des écosystèmes et de leur biodiversité. Il s’agit d’anticiper les risques en incorporant à la comptabilité des entreprises l’état des écosystèmes avec lesquels elles interagissent, et en particulier ceux sur lesquels elles pourraient avoir un impact.

    Quand les méthodes d’évaluation des SE atteindront un stade de maturité, les plaintifs et les tribunaux auront très probablement à leur disposition des outils complémentaires puissants pour évaluer les responsabilités et les dommages liés aux écosystèmes.

    Au Québec, on y travaille aussi

    « Le cas de BP et du golfe du Mexique pourrait être un bon exemple d’une tentative d’évaluation des services d’écosystèmes et d’une évaluation des coûts associés aux pertes encourues. Mais il est probablement trop complexe. », commente Émilien Pelletier, professeur en océanographie à l’ISMER-UQAR. « Il est probablement impossible de véritablement quantifier les pertes de services surtout si on considère les pertes à long terme comme la durabilité des ressources halieutiques ». Comment faire la distinction entre les dommages causés par une surpêche et les effets indirects du déversement pétrolier sur le développement de la cohorte 2010 des poissons?

    Dans le golfe du Saint-Laurent, le risque d’accident écologique est à prendre en compte avec les projets d’exploitation d’hydrocarbures. « Un accident pétrolier dans le système Saint-Laurent serait tout aussi difficile à quantifier, d’abord à cause de l’immensité des lieux et ensuite à cause de l’énorme diversité des services, incluant les pêches, le tourisme, les parcs, les zones de reproduction… », ajoute Émilien Pelletier.

    S’il considère que le travail est « monstre et complexe », il travaille sur ces notions intéressantes. « C’est une tentative louable et pratique de faire un lien entre les écologistes et les industries ».

    Bilans biodiversité

    « Nous sommes à la phase initiale d’une approche concertée en vue de permettre aux organisations du Québec d’aller vers des bilans biodiversité. », indique Philippe Auzel, coordonnateur du Centre de la science de la biodiversité du Québec (CSBQ) créé en 2009.

    « La première étape de cette démarche étant pour les organisations de réaliser leur impact, mais également leur dépendance à la biodiversité et aux services écologiques fournis par les écosystèmes. », une étape réalisée en collaboration avec des ministères, des grandes entreprises et des organismes.[Actu-environnement, Centre de la science de la biodiversité du Québec]

    Pour en savoir plus:

    Sur le site du Centre de la science de la biodiversité du Québec