C’est à Godbout que ça se passe!

  • Un rorqual bleu s'alimente à la surface de l'eau.
    Les rorquals bleus sont les plus grands animaux au monde et doivent manger jusqu'à 4 tonnes de krill par jour. Pour trouver suffisamment de nourriture, ils se fient à leurs expériences passées et suivent donc un itinéraire réglé au quart de tour. // Blue whales are the largest animals and need to eat up to 4 tonnes of krill everyday. To find enough food, they rely on past experiences and follow an itinerary that runs like clockwork. © GREMM
    13 / 02 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Petit village d’à peine plus de 300 habitants, Godbout se situe sur la Côte-Nord, entre Baie-Comeau et Baie-Trinité. Cette municipalité est surtout connue pour son traversier qui le relie à Matane. Mais Godbout est aussi un village où on observe les baleines à l’année.

    Deux grands rorquals apparaissent au large de Godbout le 10 février. © Jacques Varin

    Le 10 février en après-midi, un observateur note deux souffles géants qui s’élèvent entre les vagues. Malgré les forts vents et les crêtes blanches des vagues, il parvient à croquer le portrait de deux grands rorquals. Seulement avec les photos, difficile de confirmer s’il s’agit de rorquals communs ou bleus. Les teintes peuvent varier selon la luminosité et les appareils. Mais l’observateur croit avoir vu des rorquals bleus.

    Le 12 février, une observatrice aussi photographie deux individus très près de la côte, une chance incroyable! On peut voir la bouche ouverte et une courte nageoire pectorale s’élever droit dans les airs. Encore une fois, difficile de confirmer l’espèce entre rorqual commun ou bleu à partir des photos. Ces deux espèces, les deux plus longues de la famille des rorquals, ont une forme corporelle semblable et utilisent des techniques d’alimentation similaires. Il faut donc des photos très nettes et précises pour confirmer hors de tout doute une espèce.

    Un des rorquals s’alimente à la surface. On voit une partie de sa mâchoire émerger, suivi de sa nageoire pectorale dressée dans les airs, puis son flanc. © Manon Côté

    Mais revenons à cette observation magnifique, soit celle de deux baleines près des côtes enneigées. Lorsqu’on voit les nageoires pectorales émerger des flots, on assiste à une roulade latérale, appelée «lunge feeding» en anglais. L’animal se tourne sur le côté, accélère et ouvre la bouche tandis que l’eau s’y engouffre et fait se distendre sa poche ventrale. Puis, il referme sa mâchoire et expulse l’eau à travers ses fanons. Les proies de la baleine sont alors poussées vers la gorge par la langue et avalées. Les rorquals bleus font parfois des tours complets sur eux-mêmes lorsqu’ils s’alimentent. De telles pirouettes permettraient d’anticiper la trajectoire du krill, afin d’ouvrir la bouche dans l’angle le plus efficace pour prendre la plus grande bouchée.

    Le rorqual nage très près de la rive, un bout de nageoire émergeant de l’eau. © Manon Côté

    Et ailleurs, que se passe-t-il?

    Les observations récoltées dans cette chronique ne donnent qu’un aperçu de la présence de mammifères marins dans le Saint-Laurent. Il faut parfois avoir les yeux tournés sur l’horizon au bon moment pour remarquer le passage élusif d’une bête sauvage, d’une tête de phoque venant à la surface respirer ou d’une baleine en déplacement, à la recherche d’un banc de poissons.

    On distingue les eiders à duvet femelle par leur robe brune tandis que les mâles sont blanc et noir. © Renaud Pintiaux

    À Port-Cartier, un regroupement de centaines d’eiders à duvet forme une tache brunâtre sur les eaux marines. Les eiders à duvet mesurent entre 58 et 68 cm. Regroupées, les femelles émettent parfois des sons gutturaux qui résonnent comme un bas grognement nasillard.

    Un observateur de Sainte-Flavie, lui, assiste à la valse de la banquise qui se promène au gré des marées. «Ce sont de deux à trente kilomètres de glaces qui viennent frapper le rivage et regagner le large», relate-t-il. À Tourelle, non loin de Sainte-Anne-des-Monts, c’est blanc à perte de vue vers le large. De l’autre côté du fleuve aussi, à Tadoussac, les observateurs n’ont droit qu’au ballet des glaces. Mais pour qui sait lever la tête à temps, le long vol planant d’un pygargue à tête blanche peut être capté.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.