Capelans argentés recherchés par gourmands géants

  • Capelans © Wikimedia Commons
    31 / 05 / 2018 Par Marie-Sophie Giroux
    Capelan sur une plage © Photo tirée de http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/publications/article/2014/03-31-14-fra.html (Pêches et Océans Canada)

    Capelans sur une plage © Photo tirée de http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/publications/article/2014/03-31-14-fra.html (Pêches et Océans Canada)

    Prével en Gaspésie, Sept-Îles, Portneuf-sur-Mer en Côte-Nord, les «vagues sont argentées» disent certains riverains en parlant d’un moment particulier de l’année, soit la fraie du capelan, lorsque ce petit poisson, adepte des eaux froides de l’hémisphère Nord, vient pondre ses œufs à la lisière des plages. La fraie a débuté dans plusieurs régions de l’estuaire et du golfe et se poursuivra jusqu’au début d’aout. Les mâles atteignent le rivage en premier et attendent les femelles pour entamer la reproduction. Ils pressent les côtés des femelles pour extraire les œufs. Grâce à de grands mouvements de la queue, les poissons déposent les œufs fécondés dans le sable ou le gravier. Ceux-ci sont ainsi à l’abri des mouvements des marées et de la prédation jusqu’à leur éclosion, environ une quinzaine de jours plus tard. Le phénomène est saisissant à voir, autant pour observer la multitude de poissons «rouler» dans les vagues que pour voir les gens rassemblés pour récolter le poisson à la pelle ou au sceau. Le public est d’ailleurs invité à partager ses observations sur cet évènement naturel à l’Observatoire global du Saint-Laurent — Réseau des observateurs du capelan. Après la fraie, il n’est pas rare d’observer des quantités considérables de capelans morts sur la plage ou dans l’eau; ce sont particulièrement des mâles qui se blessent lors des accouplements répétés sur le sable ou le gravier. Le capelan est un mets de choix pour plusieurs espèces de poissons, de mammifères marins et d’oiseaux. Selon des estimations de Pêches et Océans Canada en 2011, de 300 000 à 400 000 tonnes de capelan seraient consommées annuellement dans l’estuaire et le golfe.

    Près de Sept-Îles, là où le capelan a commencé à frayer, les baleines sont de plus en plus nombreuses. Dans l’immense baie Sainte-Marguerite, notre collaborateur Jaques Gélineau aperçoit deux petits rorquals, deux rorquals à bosse, deux rorquals bleus et un grand rorqual non identifié; tout ça en une semaine! À Franquelin, une observatrice assidue ne manque pas l’apparition des rorquals communs. Plusieurs fois dans la semaine, ils sont là. Puis, il y a aussi des petits rorquals et des marsouins communs.

    Sentier des Graves © Flickr (Jacme31)

    Sentier des Graves © Flickr (Jacme31)

    À moins d’un kilomètre du quai de Grande-Grave en Gaspésie, quatre rorquals à bosse sont découverts le 28 mai par un excursionniste de la région qui ne tient plus en place tant il a hâte de commencer sa saison — ça s’en vient, c’est le 1er juin! Une naturaliste travaillant avec lui a également le privilège d’apercevoir deux rorquals à bosse le 26 mai depuis les hautes falaises du parc national Forillon, plus précisément depuis le sentier des Graves. Les rorquals à bosse ne sont pas les seuls animaux observés au cours de sa randonnée. Elle mentionne la présence de phoques communs, des macreuses à front blanc, de guillemots à miroir et de porcs-épics!

    De Matane à Les Méchins, le 24 mai en mer, René Roy a rencontré trois rorquals bleus différents de ceux rencontrés le 19 mai. Le 30 mai, le voilà de retour sur l’eau. Au large de Matane, il observe quatre rorquals communs, environ six petits rorquals et plusieurs marsouins communs. Il souligne aussi l’abondance d’oiseaux: fulmars, phalaropes, plongeons catmarins, etc. De l’autre côté de l’estuaire, à Pointe-des-Monts, un estivant observe depuis le rivage trois rorquals commun et un petit rorqual le 28 mai, deux rorquals commun le 29 mai et un petit rorqual le 31 mai.

    Grande nouvelle pour les «gens de la mer» du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent: le rorqual commun Bp955, «Ti-croche», vu depuis plusieurs semaines dans le secteur, est confirmé comme étant le descendant de la défunte Capitaine Crochet! Il n’est pas le seul de son espèce dans la région : Bp918 s’y trouve également. On reconnait ce dernier à sa nageoire dorsale au bout tronqué en une ligne droite. Les petits rorquals animent aussi le secteur. L’un d’eux chasse activement devant le Centre d’interprétation des mammifères marins à Tadoussac le 27 mai. Puis, depuis les rochers du cap de Bon-Désir aux Bergeronnes, des témoins voient passer quelques marsouins communs.


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct et Portrait de baleines. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle adore « raconter des histoires de baleines ».