Bâtir ses réserves d’énergie

  • 12 / 11 / 2015 Par Marie-Sophie Giroux

    Des rorquals communs en Gaspésie et en Côte-Nord, des petits rorquals et des marsouins communs au large de Charlevoix et de la Côte-Nord, des bélugas à l’embouchure du Saguenay et dans l’estuaire; les baleines sont remarquées un peu partout le long du Saint-Laurent en ce mois de novembre. Que font-elles encore là? Le béluga est un résidant du Saint-Laurent et il quittera bientôt ce secteur pour un autre endroit qui demeure méconnu dans le Saint-Laurent, mais pour les autres espèces «migratrices» qu’en est-il? Et bien, comme durant la haute saison, les rorquals profitent de la nourriture et emmagasinent des graisses en prévision des mois d’hiver où elles réduisent substantiellement leur consommation lors de la migration et de la reproduction.

    Cette réserve d’énergie, elles en auront bien besoin pour parcourir le long chemin jusqu’aux aires d’hivernage et donner naissance! Parmi les petits rorquals vus à Franquelin cette semaine, probablement y avait-il des femelles… comme le sont la plupart des individus qui fréquentent le Saint-Laurent. Certaines d’entre elles sont peut-être sur le point de mettre bas dans les prochains mois. Après la mise bas vient l’allaitement. Reverrons-nous le jeune petit rorqual avec sa mère l’été suivant?

    C’est peu probable. Les paires mère-baleineau se dissocient dès le sevrage, généralement avant d’arriver sur les aires d’alimentation estivales. Ce lien chez le petit rorqual, environ 4 à 5 mois, est le plus court parmi les baleines à fanons. Le plus long est celui du rorqual à bosse où le lien perdure jusqu’à un an, voire deux. Depuis 2004, le MICS observe une augmentation des paires mère-baleineau rorquals à bosse dans le Saint-Laurent. Tic Tac Toe est une femelle qui a été vue à deux reprises avec des baleineaux dans l’estuaire, en 2007 et 2012, et cet été le rorqual à bosse Quill était accompagnée de son baleineau en Gaspésie.

    Chez beaucoup de baleines à dents, le lien entre la mère et son jeune se prolonge au-delà de l’allaitement comme c’est le cas des bélugas (lire la question du public de la semaine) ou de certaines populations d’épaulards. Chez cette espèce, les jeunes passeront toute leur vie auprès de leur mère, dans une unité familiale où le père est absent. Les marsouins communs s’accouplent entre juillet et août, alors qu’ils sont abondants dans le Saint-Laurent. Les naissances ont lieu au printemps suivant, alors qu’ils sont de retour dans le Saint-Laurent, après un hiver probablement au large des côtes atlantiques. L’allaitement dure de 8 à 12 mois. La femelle marsouin commun est parmi les rares cétacés qui peuvent donner naissance tous les ans. Certains collaborateurs à cette chronique soulignent à l’occasion l’observation de très petits marsouins communs… Des nouveau-nés? Possible…