Le 13 mai dernier, les premières baleines noires de l’Atlantique Nord de la saison ont été observées par relevés aériens dans le golfe du Saint-Laurent. Leur retour en eaux canadiennes signifiait le début de certaines mesures de protection, qui imposent des restrictions de vitesse aux embarcations de plus de 20 mètres ainsi que des fermetures de zones pour les pêcheurs. Une zone de réduction de vitesse statique, qui représente la région où 90% des baleines noires ont été observées en 2018, est d’ailleurs déjà en place depuis le 28 avril.

L’objectif de ces mesures est de diminuer les risques de collisions et d’empêtrements, des menaces importantes pour les baleines noires de l’Atlantique Nord, une espèce en voie de disparition. Ces mesures surviennent après un épisode de mortalité inhabituelle en 2017. Dix-sept carcasses de baleines noires ont été trouvées, dont douze dans les eaux canadiennes. Voici quelques nouveautés dans le dossier des baleines noires.

Nouvelles technologies pour les crabiers

L’Association des crabiers acadiens bénéficiera d’un financement de plus de 2 millions de dollars sur trois ans pour tester de nouvelles techniques de pêche qui pourraient réduire les risques d’empêtrement des baleines noires. La pêche au crabe, une pêche dont dépendent de nombreuses communautés côtières, implique de déployer une grande quantité de cordages. Parce qu’elles passent beaucoup de temps à la surface pour s’alimenter, les baleines noires sont particulièrement à risque de se prendre dans les cordages.

La méthode actuelle consiste en une bouée qui flotte à la surface, reliée par une corde aux casiers qui coulent vers le fond. Depuis l’été dernier, de nouvelles techniques de pêche sont testées par certains pêcheurs. Par exemple, des bouées sous-marines pourraient être envisagées, puisqu’elles éliminent tout cordage près de la surface. Ces bouées seraient combinées à un système acoustique qui permettrait aux pêcheurs «d’appeler» les bouées vers la surface pour récupérer les casiers.

S’adapter à la présence des baleines noires

Les baleines noires viennent maintenant en grand nombre dans le golfe du Saint-Laurent, ce qui n’était pas le cas il y a une dizaine d’années. Elles seraient à la recherche de nouvelles sources de nourriture puisque l’abondance de copépodes a diminué dans leurs aires d’alimentation traditionnelles, dans la baie de Fundy.

Des mesures de protection ont été instaurées en 2017 dans l’urgence, puis reconduites l’année suivante. En 2018, aucune carcasse de baleine noire n’a été trouvée au Canada. Est-ce la preuve de l’efficacité des restrictions imposées ? Difficile à dire. «Ce qu’on sait, c’est que ces efforts-là devront être maintenus encore pendant plusieurs années», explique Robert Michaud, en entrevue avec Radio-Canada. La longévité des baleines noires ainsi que les longs intervalles entre les naissances font que les résultats de mesures de conservations prennent du temps à se manifester.

Les baleines noires en chiffre :

  • Nombre d’individus : 411
  • Nombre de baleineaux recensés en 2019 : 7
  • Nombre de baleineaux recensés en 2018 : 0
  • Intervalle de naissance par femelle : 10 ans
  • Proportion des individus portant des marques causées par un empêtrement : 83%
  • Limite de vitesse : 10 nœuds
  • Durée de la protection d’une zone après l’observation d’une baleine noire : 15 jours
Actualité - 23/5/2019

Jeanne Picher-Labrie

Jeanne Picher-Labrie a rejoint l’équipe du GREMM en 2019 comme rédactrice à Baleines en direct et naturaliste au Centre d’interprétation des mammifères marins. Baccalauréat en biologie et formation en journalisme scientifique en poche, elle est de retour en 2021 pour raconter de nouvelles histoires de baleines. En se plongeant dans les études scientifiques, elle tente d’en apprendre toujours plus sur la mystérieuse vie des cétacés.

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