Acoustique : la réaction des rorquals bleus au bruit anthropique

  • 14 / 06 / 2012 Par Christine Gilliet – Mots et Marées - / /

    Au sud de la Californie, les émissions sonores générées par des navires et des sonars provoquent des changements dans les vocalises d´une population de ces baleines en voie de disparition, même si elles figurent dans une gamme de fréquences plus hautes que celles des rorquals. Selon la source du bruit, les vocalises s´interrompent ou augmentent.

    Récemment publiée sur le site Internet PloS One, l´étude a été menée par une équipe de scientifiques états-uniens de l ‘Université de San Diego en 2009 et 2010 pendant la saison estivale d´alimentation des rorquals, dans un secteur proche d´une zone d´exercices militaires de détection marine. Les chercheurs de cette étude tentent de connaître l ‘impact des sons anthropiques de moyennes fréquences (de 1 à 8 kHz) sur les comportements de cette population en danger de disparition et si leurs réactions ont lieu à un moment particulier de la journée.

    Cette population de rorquals bleus (Balaenoptera musculus) fréquente les eaux de la Californie du Sud en été pour s ‘alimenter. Les mâles et les femelles produisent des sons de basses fréquences, inférieurs à 100 Hz (appelés D calls en anglais), qui sont associés au comportement d´alimentation. On pense que ces vocalises sont émises pour attirer d ‘autres individus vers ces zones d´alimentation ou de maintenir la cohésion du groupe pendant la période de chasse. Selon les données récoltées par les chercheurs avec un suivi acoustique passif, les rorquals bleus réagissent aux bruits des sonars MFA et des navires en modifiant leurs habitudes dans l´émission de ces vocalises.

    L´interruption des D calls

    La production de D calls par les rorquals diminue de moitié en présence d´émissions de sonar MFA et leur interruption dépend de l´intensité de ces sons de moyennes fréquences. Ces résultats suggèrent que les rorquals bleus perçoivent ces sons même s´ils ne sont pas dans la gamme de leurs vocalises, une adaptation qui leur permettrait de repérer leurs prédateurs, comme les épaulards, qui émettent des sons sur la même gamme de fréquences que les sonars MFA.

    Les sonars de type MFA, des sonars actifs, émettent des sons de moyennes fréquences et reçoivent des échos quand ils rencontrent des objets sous l´eau. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, ils sont utilisés par la Marine des États-Unis qui considère que c´est le seul moyen fiable pour détecter les sous-marins. Selon le degré d´exposition aux sonars actifs, certains mammifères marins peuvent souffrir de lésions auditives causant une désorientation dans leur navigation et des échouages, ainsi que des hémorragies.

    Parler plus fort que les navires

    Par contre, les D calls deviennent plus intenses quand les cétacés sont proches d´un navire qui crée des émissions sonores sur une large bande de fréquences, mais dont la plus grande partie se trouve dans les basses fréquences. L ‘observation de cette réaction suggère que les rorquals augmenteraient le volume de leurs vocalises pour continuer à communiquer entre eux, selon l´effet Lombard qui caractérise l´adaptation d´un locuteur aux bruits environnants, celui-ci ajustant sa prononciation et le volume sonore de ses paroles pour que ses interlocuteurs puissent l´entendre. De plus, les chercheurs ont observé l´augmentation du nombre de rorquals émettant des D calls quand un navire passe près d´eux.

    Les implications de telles réactions sont encore inconnues des chercheurs qui pointent cependant le fait qu´une seule source de sonar MFA peut affecter le comportement vocal des rorquals bleus sur une très grande surface. Aucun moment particulier dans la journée n´a été identifié pendant lequel les rorquals seraient plus enclins à réagir à ces deux sources de bruits.

    Des recherches complémentaires permettraient aux chercheurs de connaître les effets d´une exposition aux bruits sur ces rorquals bleus, aussi bien sur chaque individu que sur la population.[PLoS One]

    En savoir plus

    Sur le site de PLoS One (en anglais seulement) : Blue Whales Respond to Anthropogenic Noise