Suite à une préparation de plusieurs mois, le projet Fenêtre sur les bélugas vient tout juste d’atteindre un nouveau sommet à la baie Sainte-Marguerite grâce à l’ajout d’une composante importante : l’acoustique. Au petit matin du 30 juin, les équipes du GREMM et de la Sépaq se sont rejointes par voies maritime et terrestre pour une opération d’envergure : déposer un hydrophone filaire dans la baie Sainte-Marguerite relié au belvédère de la Halte du Béluga. Cet hydrophone bonifie l’activité de sensibilisation qui consiste à entrer dans le quotidien des bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent tout en respectant les mesures visant à les protéger. Une toute autre dimension de l’univers de ces cétacés s’ouvre au public.

On ouvre grand la Fenêtre sur les bélugas

Fenêtre sur les bélugas est un projet qui allie recherche scientifique, conservation et sensibilisation. Il a germé en 2018, et les données prises par les scientifiques sont interprétées  depuis 2024 sur les sites de Putep ‘t-awt à Cacouna, du Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) à Tadoussac, et de la Halte du Béluga, un site de la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq).

Grâce à cet hydrophone, l’univers sonore des bélugas est à portée d’oreille! En plus de découvrir les images captées par la brigades béluga, l’équipe de recherche, et interprétées par les naturalistes, les visiteurs et visiteuses pourront maintenant écouter les vocalises de cette baleine blanche bien connue pour sa loquacité en même temps qu’ils les observe, depuis le rivage, sur l’ensemble des sites où se déroule le projet. Il sera par exemple possible de les entendre chasser puisque les bélugas émettent des clics d’écholocalisation pour repérer leurs proies dans la noirceur de l’eau. Les bélugas font aussi, entre autres, des cris de contact, des grognements, des sifflements, des claquements de mâchoire, et des couinements; la majorité de leur « lexique » demeure méconnu!

Se faire l’écho des bélugas

En plus des hydrophones filaires, des hydrophones autonomes sont déployés en début de saison dans la baie Sainte-Marguerite, à Kamouraska et à Cacouna. Ils enregistrent en continu pour un suivi acoustique passif et sont récupérés en fin de saison. Avec les enregistrements de ces deux types d’hydrophones, les scientifiques essayent de relier l’activité acoustique avec celles les troupeaux de bélugas observés à la surface. Ces connaissances permettront éventuellement d’interpréter les enregistrements sonores provenant de suivis acoustiques passifs, pour déterminer la taille, la composition, la direction ou encore les activités du troupeau.

Étape 1 : Amener l'entièreté du « stock »

L’équipe terrestre se charge d’emmener tout l’équipement – une bobine de câble et de corde lestée, pelles, échelle, boite à outils, sacs à dos, de l’eau en bouteille, etc. –, à la Halte du Béluga, un site non accessible en voiture. La corde lestée permet de manipuler le câble sans trop le toucher, car il est fragile. Une seconde, grande, bobine pesant 100 kg est remorquée par un quatre-roues jusqu’à la plage en contrebas de la halte. Le câble a auparavant été rentré dans une gaine afin de le protéger des oursins qui le grignoteraient avec entrain. À bord de Tryphon, un zodiac qui permet une bonne mobilité, deux membres de l’équipe du GREMM amènent l’hydrophone depuis Tadoussac jusqu’à la baie.

Étape 2 : Dérouler les bobinettes, les câbles cherront

La grande bobine est déroulée depuis la plage et connectée à l’hydrophone. Pendant ce temps, une autre équipe dévide l’autre bobine depuis le belvédère jusqu’en bas de l’escalier menant à la plage, pour être connectée à la grande bobine. S’ensuit une séance de gymnastique acrobatique pour passer au travers des buissons, arbres et rochers qui entravent ce chemin escarpé et cacher le câble sous l’escalier; il est ainsi protégé et ne gêne pas les passants et passantes. Le câble est branché au système de captation et de diffusion – une grosse boite noire qui enregistre les sons sous l’eau et les transmet en même temps que les images!

Étape 3 : Larguez l’hydrophone!

L’hydrophone est placé dans une structure en forme de cloche grillagée qui est enveloppée dans une toile pour protéger contre des bruits parasites – comme l’écoulement de l’eau. Le tout est intégré à un trépied en métal qui sert de support. Une fois les câbles bien déroulés, l’équipage du bateau dépose l’hydrophone à environ une vingtaine de mètres de profondeur dans une crevasse de la baie.

Étape 4 : Tester la connexion

Il est enfin l’heure de tester le matériel! Est-ce que les câbles transmettent bien les sons captés par l’hydrophone? Est-ce que la boite de diffusion marche? Après trois quarts d’heure de bidouillage, on peut conclure que tout fonctionne! Hip, hip, hip, hourra!

Étape 5 : Enterrer 30 mètres de câbles

Pendant que les tests débutent, il faut enterrer le câble et la corde dans le sable de la plage avant que la marée ne remonte pour qu’ils soient invisibles à marée basse. Les employés de la Sépaq, pelles et piolets en main, creusent une tranchée d’un pied de profondeur sur une trentaine de mètres, battant de justesse la marée montante.

Les engrenages sont en place

Cet ajout de taille complète le projet de Fenêtre sur les bélugas sur le site de Baie-Sainte-Marguerite! On peut maintenant allier l’audio au visuel : les images des bélugas filmés par les pilotes de drone seront retransmises en direct sur le site ainsi qu’au Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) à Tadoussac, et au site d’observation de Putep ’t-awt à Cacouna! Un hydrophone est aussi mouillé en même temps que les vols à partir de l’Antarès, le bateau de recherche du GREMM, et bientôt à Cacouna! On rentre maintenant dans l’univers sonore de cette espèce en voie de disparition, l’une des facettes les plus importantes de la vie de ces créatures acoustiques.

Le bon déroulement dépendait de plusieurs facteurs :

1- Une excellente préparation afin de ne pas perdre de temps, car le câble doit être enterré à marée basse avant que l’eau ne remonte.
2 - Une absence de bélugas dans la baie, car cette zone est interdite à la navigation du 21 mai au 21 septembre – si les bélugas sont présents, l’opération doit être annulée et reportée à un autre jour.
3 - Une météo clémente, avec peu ou pas de vent ni de gros orage, car cela peut augmenter le courant sur l’eau et compromettrait la dirigeabilité du petit bateau Tryphon. De plus, le courant pourrait ajouter de la tension sur un câble déjà fragile.
4 - Une connexion fonctionnelle de l’hydrophone au système de captation et de diffusion.
5 - De bonnes paires de bras - au total, une dizaine d’employés de la Sépaq et du GREMM étaient sur place.

En savoir plus :

  • Clément Chion, Emmanuel Fernandez, Paul Ducrocq, Paul Laurent, Dominic Lagrois, Irene Roca, Jean-François Sené́cal, and Robert Michaud. Passive Acoustic Detection and Real-Time Localization of Belugas in the St. Lawrence Estuary
  • Emmanuel Fernandez, Irene Roca, Emilie Frizzle, Robert Michaud, Marie-Ana Mikus, Valeria Vergara, Clément Chion. Real-Time Acoustic Monitoring: Lightweight Beluga Call Classification Across Habitats
  • Emmanuel Fernandez, Irene Roca, Emilie Frizzle, Robert Michaud, Marie-Ana Mikus, Valeria Vergara, Jaclyn Aubin, Clement Chion. Lightweight beluga call classification under habitat variability and marine traffic noise
Reportage terrain - 23/7/2026

Thalia Cohen Bacry

Thalia Cohen Bacry est rédactrice scientifique pour le GREMM après avoir été naturaliste en 2023. Diplômée de UBC, elle a complété une maîtrise en études internationales à l’Université Laval et poursuit un apprentissage dans plusieurs domaines, dont la géographie, les sciences politiques et le comportement animal. Fascinée depuis toujours par la protection de l’environnement, elle a grandi en Savoie, entourée des lacs et des montagnes, avant d’immigrer au Canada et de découvrir des espaces encore plus grands et plus sauvages. Intrépide, curieuse, et persévérante elle aime apprendre, observer, et analyser afin de sensibiliser à la sauvegarde de nos océans et ainsi contribuer à leur protection.

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