«Silence radio» dans le Saint-Laurent

  • D'une longueur de 25 à 30 m, la baleine bleue est l'une des espèces les plus grande. © Andrew Sutton
    08 / 02 / 2018 Par Marie-Sophie Giroux -

    Nos baleines brillent par leur absence ces derniers temps. La plupart ont quitté le fleuve cet automne et reviendront au printemps. Où sont-elles allées et que font-elles?

    Les grands cétacés — rorquals, baleines noires et cachalots — se rendent dans les eaux tempérées pour se reproduire ou donner naissance. Toutefois, les questions entourant leur habitat d’hiver et leurs routes migratoires demeurent bien nébuleuses en raison de l’immensité de l’océan et de la complexité des suivis en saison froide.

    Des systèmes d’hydrophones — une série de microphones étanches installés sous l’eau — sont de précieux espions pour filer les déplacements des baleines et mieux comprendre leur distribution spatiotemporelle. Si elles émettent des sons inaudibles à l’homme, infrasons et ultrasons, les hydrophones, eux, les détectent.

     

     

    Grâce aux suivis acoustiques, nous avons appris que les rorquals communs se dispersent dans l’Atlantique Nord, et ce, pendant toute l’année. On a aussi décelé un mouvement progressif des animaux vers le nord au printemps et vers le sud à l’automne, mais pas de grands rassemblements. Les rorquals bleus se dirigent vers des latitudes plus basses le long de la côte Est des États-Unis, du golfe du Maine jusqu’en Floride. Les petits rorquals descendent vers les Caraïbes et le sud-est des États-Unis. Au printemps, ils longent le plateau continental en s’alignant sur le courant du Gulf Stream pour revenir dans leur aire d’alimentation estivale.

    Un récent suivi acoustique des cachalots réalisé le long de la côte Est étatsunienne a permis d’apprendre qu’ils se concentrent particulièrement au large de la Caroline du Nord l’hiver — le cap Hatteras a d’ailleurs été un haut lieu de chasse du cachalot autrefois — et leur présence augmente dans les secteurs au nord avec l’arrivée du printemps. Chez cette espèce, seuls les adultes mâles migrent vers les hautes latitudes pour s’alimenter l’été. Les groupes de femelles et de juvéniles restent généralement à l’intérieur d’une zone s’étalant sur 1 000 km de longitude, près de l’équateur.

    D’autres techniques sont utilisées pour suivre les baleines à travers leur vaste territoire. La télémétrie satellite étudie les déplacements et l’activité des baleines sur une grande distance et pendant de longues périodes. Selon de récentes recherches dans ce domaine, les Açores seraient une véritable «oasis » printanière pour les rorquals communs et les rorquals bleus en route vers le Groenland.

    La photo-identification permet aussi de reconnaitre des animaux dans des secteurs éloignés. Par exemple, le rorqual à bosse Siam a été identifié dans la région de Porto Rico un hiver et le rorqual bleu B104, photographié dans le golfe du Saint-Laurent en 1984, a été reconnu aux Açores en 2014. Une autre façon d’en apprendre plus sur les migrations des individus se cache dans l’analyse des isotopes stables, notamment dans les fanons des animaux morts, qui permet d’obtenir des informations sur le type de proies ingérées et sur la région où l’animal s’est nourri les dernières années.

    Au Québec, la Chaire de recherche en acoustique marine appliquée à la recherche sur l’écosystème et les mammifères marins utilise l’acoustique pour en apprendre plus sur la dynamique des sites d’alimentation dans le Saint-Laurent. Des campagnes scientifiques ont d’ailleurs été réalisées dans le parc marin Saguenay–Saint-Laurent pour comprendre les facteurs océanographiques contrôlant l’agrégation des proies des baleines et, aussi, pour mettre au point des méthodes de suivi non intrusives par l’écoute des vocalises de ces grands voyageurs.

    Ces «oreilles sous l’eau» deviendront peut-être le complément idéal aux observations de nos collaborateurs, nos «yeux sur le terrain», pour découvrir s’il y a des baleines l’hiver, et bien sûr l’été, dans le Saint-Laurent.

     

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».