Que faire si un cétacé s’échoue vivant?

  • Globicéphale noir échoué vivant aux îles de la Madeleine © Luc Miousse
    Globicéphale noir échoué vivant aux îles de la Madeleine © Luc Miousse
    28 / 09 / 2016 Par Josiane Cabana

    Le 29 août dernier, une mère et sa fille ont trouvé un marsouin commun échoué vivant sur la plage de Maria en Gaspésie et ont pris l’initiative de le remettre à l’eau. Leur geste a été amplement relayé sur les réseaux sociaux. L’issue de la tentative de sauvetage demeure inconnue, mais le lendemain un autre incident semblable est survenu à une trentaine de kilomètres de là, à Bonaventure. Un marsouin commun s’y est échoué lui aussi vivant. Il est mort quelques minutes après avoir été trouvé. L’histoire ne dit toutefois pas s’il s’agit du même animal!

    Le 15 septembre, c’est un globicéphale noir qui a été trouvé échoué vivant sur une plage des îles de la Madeleine. Cette fois encore, un groupe de citoyens a entrepris une série de tentatives de remises à l’eau avant l’arrivée d’une équipe de bénévoles du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

    S‘il est spontané de vouloir porter assistance à un animal en détresse naturelle, la remise à l’eau d’un cétacé n’est pas un geste banal et l’on peut parfois causer plus de mal que de bien. La première étape de toute intervention est l’évaluation de la situation par des spécialistes. C’est entre autres pour cette raison que la loi interdit cette pratique sans au préalable avoir obtenu une évaluation de la part de spécialistes. Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins a été créé en 2004 pour mettre en place un ensemble de réponses adaptées à ce type de situation. Le mandat du Réseau est d’organiser, de coordonner et de mettre en œuvre des mesures visant à réduire les mortalités accidentelles de mammifères marins, à secourir des mammifères marins en difficulté, et à favoriser l’acquisition de connaissances auprès des animaux morts, échoués ou à la dérive, dans les eaux du Saint-Laurent limitrophes du Québec.

    Que faire si l’on trouve une petite baleine échouée vivante?

    Globicéphale noir échoué vivant © Pêches et Océans Canada C. Cormier

    Globicéphale noir échoué vivant © Pêches et Océans Canada C. Cormier

    Par définition, on considère comme « échoué vivant » un cétacé vivant qui touche le fond, qui cesse de flotter librement et qui n’est plus libre de ses mouvements. Les baleines peuvent s’échouer suite à une maladie, après avoir été blessé ou simplement suite à une erreur de navigation. Les baleines, étant des mammifères, peuvent survivre parfois assez longtemps hors de l’eau.

    Un témoin qui trouve une baleine dans cet état peut observer l’animal à distance, mais ne doit surtout pas intervenir de lui-même. Ce sont des animaux sauvages de grande taille et dont le comportement peut être imprévisible, surtout dans cette situation. Les manipulations augmentent le stress et diminuent les chances de survie de l’animal. La première chose à faire est donc de contacter Urgences Mammifères Marins au 1-877-7baleine (1-877-722-5346). Un membre du Réseau pourra alors vous guider.

    Généralement, dans un court laps de temps, un bénévole Urgences Mammifères Marins se déplacera afin de documenter la situation, sensibiliser les témoins et faire la gestion de la foule si nécessaire. Le témoin peut être appelé à assister pour donner les premiers soins à l’animal (l’arroser, le protéger du soleil), toujours selon les consignes de sécurité mentionnées par l’équipe du Centre d’appels.

    Devons-nous intervenir?

    La décision de remettre un animal à l’eau n’est pas automatique. Pour chaque nouveau cas, les différentes options sont analysées par une équipe composée de vétérinaires et de spécialistes des mammifères marins qui s’appuie sur le cadre éthique développé par le Réseau.

    Jeune béluga échoué vivant en 2015 © Robert Noiseux

    Jeune béluga échoué vivant, 2015 © Robert Noiseux

    Le Réseau choisit habituellement une approche non ou peu interventionniste, laissant le plus souvent la nature suivre son cours, bien que ce choix soit parfois déchirant. Si un incident découle directement d’une cause humaine, des efforts seront toutefois déployés pour venir en aide à tout animal en difficulté. De même, si l’incident implique un individu appartenant à une espèce menacée ou en voie de disparition, le Réseau évaluera si le sauvetage de l’animal pourrait contribuer au rétablissement de la population. D’autres contextes particuliers peuvent aussi justifier une intervention. Dans le cas des globicéphales, une espèce grégaire et sociable, la remise à l’eau d’un individu échoué vivant peut éviter que d’autres membres du groupe s’échouent aussi sur la plage.

    Lorsque la décision est prise d’intervenir auprès de l’animal, l’examen de la situation sera poussé davantage. Si l’animal est trop faible ou blessé ou encore si le remettre à l’eau comporte un risque de propagation de maladie, on pourra envisager une euthanasie ou simplement laisser la nature suivre son cours. Si l’animal semble vigoureux et si des équipes formées et possédant un permis de Pêches et Océans Canada sont disponibles, on tentera de trouver un site de remise à l’eau sécuritaire pour les intervenants et pour l’animal. Idéalement, l’animal doit avoir un libre accès à la mer sans avoir à faire des manœuvres de navigation complexes.

    Les membres du Réseau n’ont pas d’obligation d’intervenir dans ces situations et la non-intervention est un choix appuyé par l’ensemble des membres du Réseau.

    Lors d’une entrevue à la radio des Iles CFIM, Robert Michaud, coordonnateur du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins revient sur le cas du globicéphale échoué vivant aux îles de la Madeleine et sur les principes d’intervention du Réseau.

    On pourra également lire une réflexion semblable sur les cas d’animaux blessés publiée sur Baleines en direct en août 2016.