Mais quelle est cette espèce de phoque?

  • Carcasse de phoque gris © Lyne Morissette
    Carcasse de phoque gris © Lyne Morissette
    28 / 11 / 2017 Par Josiane Cabana

    Un observateur a rapporté au Centre d’appels d’Urgences Mammifères Marins une carcasse de phoque trouvée à Cacouna. À quelle espèce appartient-elle? Voici un petit guide pour identifier les principales espèces de pinnipèdes qu’on trouve dans le Saint-Laurent. Notez que ces critères sont aussi bons pour l’identification des phoques vivants!

    Le poil

    D’abord, le pelage est le meilleur indice : est-il tacheté ou uniforme? Les taches sont-elles bien définies ou plutôt sans contour? Le poil est couleur crème ou plutôt charbon?

    Le pelage du phoque commun est typique : sur fond foncé, des lignes blanches forment des anneaux bien définis. La distinction avec le pelage du phoque gris est subtile. Celui-ci a un pelage tacheté noir et blanc, avec un patron de taches moins bien découpé comme les lignes blanches ne sont pas définies, explique Jean-François Gosselin, de Pêches et Océans Canada.

    Le phoque du Groenland, pour sa part, est le plus facile à reconnaitre à l’âge adulte : le corps est crème, exception faite pour la tête qui est comme enveloppée dans une cagoule noire, et le dos porte une marque imposante en forme de fer à cheval.

    Les phoques du Groenland juvéniles, quant à eux, passent par plusieurs stades de pelage. À la naissance, ils sont couverts de poils blancs épais et duveteux. Après deux semaines, ce pelage épais laisse place à une fourrure plus courte et tachetée qui gardera presque la même apparence jusqu’à l’âge de quatre ans, après quoi le motif de fer à cheval apparait.

    Jeune phoque à capuchon, surnommé "dos bleu" © Sylvain Cordier

    Jeune phoque à capuchon, surnommé « dos bleu » © Sylvain Cordier

    Le phoque à capuchon, plus rare, est aussi facile à identifier, même sans photo à l’appui! Le juvénile est surnommé « dos bleu », à cause de son pelage gris bleuté, comme une cape déposée sur son dos qui contraste bien avec le ventre crème. Autre critère unique : le masque facial foncé fait penser au raton laveur. À l’âge adulte, le phoque à capuchon est souvent décrit avec un pelage rappelant celui d’une vache. Sa taille imposante est aussi un bon indice.

    La tête

    La forme de la tête des phoques est aussi bien distincte d’une espèce à l’autre.

    • Le phoque à capuchon a un gros museau plissé et flasque.
    • Le phoque commun, qu’on surnomme le « phoque à la tête de chien », a un museau retroussé et fin, avec des narines en forme de cœur.
    • Le phoque du Groenland a aussi une tête fine, noire, au cou allongé. Fait intéressant, mais difficile à expliquer : les carcasses de phoques du Groenland ont bien souvent la tête absente, comme si les décomposeurs affaiblissaient tôt dans le processus la chair du cou, et que la tête finissait par se détacher.
    • Le phoque gris, surnommé le « phoque à la tête de cheval » a pour sa part un museau robuste et carré.

    Les dents

    Si la carcasse est en décomposition avancée, le crâne demeure une partie essentielle du corps pour confirmer l’espèce. Il faut s’attarder aux dents de la mandibule inférieure.

    • Le phoque commun a des molaires à quatre cuspides, c’est-à-dire que les dents situées à l’arrière de la mâchoire, dans la joue, ont chacune quatre pointes acérées.
    • Le phoque du Groenland a des dents tricuspides (à trois pointes).
    • Le phoque gris n’a qu’une cuspide principale sur ses molaires et possède de massives canines.
    • Le phoque à capuchon a des dents de forme plutôt arrondie, rapprochées et bien campées dans l’os de la mâchoire.

    Retenez surtout qu’une photo vaut mille mots! Si vous trouvez une carcasse de phoque sur le rivage, vous pouvez tenter de l’identifier avec ces critères, mais en faisant parvenir une photo de la carcasse (incluant le corps, la tête et les dents), l’équipe du Centre d’appels parviendra à identifier l’espèce dont il s’agit. Cette information est primordiale dans l’acquisition de connaissances sur les carcasses de phoques.

    Autres ressources pour l’identification des phoques :

    + Sur le site du ministère des Pêches et Océans Canada

    • Une ressource des plus complètes avec non seulement la description des espèces, mais aussi leur répartition, leurs habitudes alimentaires, leur tendance démographique et plus encore.

    + Sur le site du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent

    • La page « espèces à voir » résume les caractéristiques des différentes espèces de phoques vus dans l’estuaire.
    Illustration des phoques du Saint-Laurent sur le site du ROMM

    Illustration des phoques du Saint-Laurent sur le site du ROMM

    + Le Réseau d’observation des mammifères marins (ROMM), basé à Rivière-du-Loup, met à la disposition des observateurs des outils d’identification très pertinents.

    • Guide d’identification des pinnipèdes du Canada Atlantique
      Ce guide de 33 pages produit en couleurs est l’outil par excellence pour l’identification des six espèces de phoques que l’on rencontre au Québec, dans les provinces maritimes, et le long de la côte est états-unienne. Son avantage est qu’il présente aussi les stades juvéniles, alors que le pelage diffère de celui du stade adulte.
    • Maquette d’identification sur les mammifères marins et affiche sur les phoques du Saint-Laurent : les illustrations sur ces affiches illustrent les caractéristiques des quatre espèces de phoques du Saint-Laurent.

    Josiane Cabana est directrice du Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins. Entre les cas de mammifères marins morts ou en difficulté auxquels elle répond, elle aime prendre le temps de sensibiliser les riverains aux menaces qui pèsent sur ces animaux. Biologiste de formation, elle s’implique au sein du GREMM depuis plus de 15 ans, toujours avec la même passion!