Des observations intrigantes

  • Épaulard du Pacifique © Miles Ritter (Creative Commons)
    Épaulard du Pacifique © Miles Ritter (Creative Commons)
    27 / 07 / 2017 Par Marie-Sophie Giroux
    Épaulards aperçus au large des Bergeronnes, 2003 © GREMM

    Épaulards aperçus au large des Bergeronnes, 2003. © GREMM

    « Un épaulard à Saint-Siméon dans Charlevoix, c’est possible ? », questionne une campeuse qui remarque un cétacé « avec une tache blanche à la base de sa longue la nageoire dorsale » le 24 juillet. Il est vrai que les épaulards ont cette caractéristique physique qui les distingue d’entre tous. Toutefois, les mentions de ces grands dauphins sont rares et sporadiques dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent, avec seulement une vingtaine d’observations depuis le début des années 1980. La dernière fois dans l’estuaire remonte en 2003, au large des Bergeronnes. Si les chances d’observer cette baleine dans l’estuaire sont peu fréquentes, elles augmentent le long de la Basse-Côte-Nord et du détroit de Belle-Isle.

    Haut: la nageoire dorsale d’un épaulard; bas: le lobe de la queue d’un petit rorqual. © GREMM

    Peut-être est-ce le bout d’un lobe de la queue d’un petit rorqual qui s’alimente en surface, rappelant ainsi la grande nageoire dorsale des épaulards, et exhibe une partie de son dos noir et de son ventre blanc? C’est à s’y tromper! Le 17 juillet, un autre témoin avise Urgences Mammifères Marins d’un épaulard dans le fiord du Saguenay. Malheureusement, aucune mention n’est faite dans les jours qui suivent et il n’y a pas de photo à l’appui. Une photo ou une confirmation par un expert sont nécessaires dans ces cas-là pour approuver l’observation.

    Toujours à Saint-Siméon le 24 juillet, un second observateur écrit à l’équipe du GREMM qu’il croit avoir repéré une baleine à bec commune à 500 m à l’ouest du quai et à environ 2 km au large. Il voit l’animal plonger à trois reprises et le devant de sa tête lui semble blanc. Aussi, la position de la nageoire dorsale l’intrigue. L’observation se déroule rapidement, sans aucun cliché.

    Les baleines à bec sont extrêmement rares. Depuis 1994, moins d’une dizaine d’individus se sont échoués sur les rives du Saint-Laurent. Quand elles font surface, leur souffle, peu visible, a la forme d’un ballon et on peut voir émerger un bec et un melon — celui-ci est pâle chez les mâles. Longues de 6 à 10 m, elles ont une taille similaire aux petits rorquals. La nageoire dorsale, en forme de faucille, se situe aux deux tiers du dos.

    Baleine à bec ou épaulard, si les chances de croiser leur route sont minces dans notre région, ce n’est toutefois pas impossible. En 2016, un narval avait passé plusieurs semaines dans l’estuaire et en 2013, une baleine à bec de Sowerby s’était échouée à l’ile aux Pommes.

    Parfois, certains animaux délaissent des secteurs d’alimentation traditionnels pour découvrir de nouveaux lieux, augmentant ainsi le nombre d’observations. Ce serait le cas pour les baleines noires de l’Atlantique Nord davantage aperçues dans le Saint-Laurent ces dernières années. L’identité de la jeune baleine franche observée la semaine passée à Mingan par l’équipe de la Station de recherche des Iles Mingan (MICS) a été révélée grâce aux scientifiques du Anderson Cabot Center for Ocean Life au New England Aquarium : il s’agit du mâle numéroté 4042, âgé de 7 ans et repéré dans le Saint-Laurent en 2015.

    B197 (archive du 22 septembre 2015) © GREMM

    B197 (archive du 22 septembre 2015) © GREMM

    Cette semaine, deux rorquals bleus sont vus dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. La femelle B197 est identifiée. Les rorquals bleus sont régulièrement aperçus dans le Saint-Laurent, mais ils n’en demeurent pas moins rares à plus grande échelle. Ces rorquals bleus font partie de la population de l’Atlantique Nord estimée entre 600 et 1 500 individus.

    Les comportements de certains individus piquent aussi la curiosité des témoins. À Percé, près l’ile Bonaventure, un garde-parc reluque les prouesses aériennes d’un petit rorqual le 21 juillet. René Roy, dans son plus récent carnet de terrain, nous relate son observation mémorable des breachs des rorquals à bosse H840 et du baleineau de H753 près de la baie de Gaspé.

    Les baleines, par leur simple présence ou par leurs comportements, offrent des moments inoubliables à ceux qui les rencontrent.

    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».