Une rare baleine bleue

  • Rorqual bleu, 19 mai 2018 © René Roy
    De loin, on peut reconnaitre le rorqual bleu grâce à son souffle en colonne puissant, par la longueur de l'animal et par la protubérance entourant l'évent. Cette photo de rorqual bleu a été prise en mai 2018. © René Roy
    17 / 01 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Après des semaines à ne voir que des glaces dérivantes et des phoques en déplacement, un grand souffle en colonne au large attire l’attention de l’observatrice le 12 janvier. Le dos gris bleuté, la protubérance entourant l’évent et la taille gigantesque de l’animal lui permettent d’identifier l’espèce : un rorqual bleu. Pendant plusieurs jours, l’observatrice profite de la présence d’un individu, probablement toujours le même, qui passe parfois assez près de la côte des environs de Baie-Comeau. Majestueuse, la baleine bleue profite de la présence du krill et des espaces encore peu glacés.

    «Est-ce que les baleines ont froid dans le Saint-Laurent, l’hiver?», demande une lectrice. La question est légitime, quand on pense que la température de l’eau dans l’estuaire et à l’entrée du golfe du Saint-Laurent oscille aux alentours de 0oC en surface.

    Si elles sont en bonne santé, non, les baleines ne devraient pas avoir froid. Elles portent en permanence leur épais «manteau» de graisse qui isole leur corps et leur permet de maintenir leur température corporelle à environ 37oC. La couche de graisse variera d’épaisseur selon le cycle de vie, la taille de l’animal, l’âge, l’espèce et la période de l’année. Bien au chaud, les baleines n’auraient pas besoin de greloter. Chez les mammifères, l’action de greloter permet de générer de la chaleur grâce à l’activité musculaire. On peut observer des phoques greloter sur la plage ou la banquise, lorsqu’ils sont hors de l’eau.

    Mais pour les baleines, leur isolation graisseuse est tellement efficace qu’elles ont plutôt besoin d’évacuer leur chaleur. Elles utilisent alors les parties du corps qui ne sont pas isolées, comme les nageoires. Ces parties sont dotées d’un système d’échange de chaleur à contrecourant appelé « réseau admirable », qui maintient la chaleur corporelle. Chacune des artères qui forment ces réseaux est entourée de plusieurs veines. Le sang chaud des artères, en direction des extrémités, se refroidit au contact du sang froid des veines qui en revient. À l’inverse, le sang froid des veines, se dirigeant vers les organes internes, est réchauffé par le sang chaud des artères. Les pertes de chaleur et les écarts de température sont ainsi réduits.

    Des phoques du Groenland nagent sur le dos, têtes sorties à la surface. © GREMM

    Phoques du Groenland en déplacement © GREMM

    Du côté de la baie Sainte-Marguerite près de Port-Cartier, des centaines de phoques du Groenland et des oiseaux marins partagent des festins au cours des derniers jours. Au large de Gallix, la chercheuse Anik Boileau du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles note des souffles groupés depuis quelques semaines. «Les baleines sont trop loin pour identifier l’espèce avec certitude, mais les souffles sont trop grands pour être ceux de rorquals à bosse. Rorquals communs ou rorquals bleus, alors.»

    Pour les téméraires qui s’emmitouflent suffisamment, de belles observations sont bien possibles.


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.