Un X et un zip : des rorquals à bosse à reconnaitre

  • Tic Tac Toe © GREMM
    Le rorqual à bosse Tic Tac Toe est de retour dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent © GREMM
    12 / 07 / 2018 Par Marie-Ève Muller -

    Venue de Newcastle, en Angleterre, pour voir les baleines, une observatrice s’installe sur les rochers dans la zone de conservation de Pointe-Rouge, Tadoussac, le 7 juillet. À la fin de sa journée, elle trie ses photos de petits rorquals. Quelle ne fut pas sa surprise de déceler en arrière-plan d’une photo une large nageoire caudale dans les airs! A-t-elle photographié sans le savoir le rorqual à bosse Tic Tac Toe avant toutes les équipes de recherche et les croisiéristes qui l’ont vu, eux, le 9 juillet?

    En effet, la célèbre femelle a fait sa première apparition dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent au début de cette semaine. Le 4 juillet, René Roy photographiait Tic Tac Toe plutôt du côté de la péninsule gaspésienne dans le cadre de sa collaboration avec la Station de recherche des iles Mingan (MICS). Elle a donc parcouru plusieurs centaines de kilomètres en quelques jours! En moyenne, un rorqual à bosse nage à 4 ou 5 km/h, mais peut atteindre des vitesses de 20 km/h! Depuis le 9 juillet, elle est identifiée tous les jours dans le parc marin.

    Du côté de Tadoussac-Bergeronnes-Escoumins, outre Tic Tac Toe, les petits rorquals sont observés par dizaine, de trois à cinq rorquals communs sont aperçus, dont Bp955 «Ti-Croche», Bp918 et Bp078, aussi appelé Lignée.

    «Ça parait qu’on est dans le golfe ici! Quand ça brasse, ça brasse!», lance une naturaliste qui travaille du côté de la péninsule gaspésienne. Les courants et les changements brusques de température lui ont rappelé que le large amène toujours son lot de surprises. Le 6 juillet, elle observe un petit rorqual s’élancer dans les airs. Les petits rorquals peuvent nager à des vitesses entre 5 et 25 km/h, accélérant jusqu’à 38 km/h.

    Le 3 juillet dernier, René Roy photographiait le veau du rorqual à bosse Tracks. Entre sa dernière visite en juillet 2017 et maintenant, cette baleine a subi une collision avec une hélice de moteur lui laissant une large cicatrice. © René Roy

    Au large du cap Gaspé, elle note deux rorquals à bosse, dont un portant une large cicatrice rappelant une fermeture éclair. René Roy l’a photographié quelques jours plus tôt: il s’agit du veau de Tracks. La cicatrice n’était pas présente lorsque ce baleineau a été photographié en 2017, lors de sa première année de vie. Une telle forme de cicatrice est associée à une collision avec un navire. Un rorqual commun bien connu de l’estuaire en possède une aussi : Zipper.

    Le 8 juillet, du côté de la presqu’ile Marconi, près de Sept-Îles, deux petits rorquals, de nombreux fous de Bassan, dont des juvéniles, et des marsouins sont observés par Jacques Gélineau. Pour sa part, Anik Boileau, chercheuse au Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI) observe au large des iles et dans la baie Sainte-Marguerite quatre rorquals à bosse, six rorquals communs, huit petits rorquals et plusieurs marsouins.

    À Pointe-des-Monts, quatre à cinq petits rorquals sont observés cette semaine, mais les grands souffles se font rares depuis le début de la saison. À Franquelin aussi, notre observatrice ne repère qu’un petit rorqual les 11 et 12 juillet. Il faut dire que les forts vents de la fin de semaine ont rendu les flots moins propices au repérage de dos luisants au-dessus des vagues.

    Du côté de la baie Sainte-Marguerite dans le fiord du Saguenay, deux équipes de recherche affiliées au GREMM, à Ocean Wise et à la Memorial University de Terre-Neuve-et-Labrador ont commencé leur deuxième saison de terrain sur une tour installée au milieu des eaux. Vous pouvez lire leur carnet et voir leur environnement de travail ici.


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.