Le Centre d’appels d’Urgences Mammifères Marins a déjà traité près de 200 cas et un peu plus de 350 appels cette année. Des chiffres qui rappellent que l’équipe du 1-877-7baleine n’a pas chômé et qu’encore d’autres cas de baleines en difficulté ou échouées viendront. Grâce à la collaboration renouvelée des riverains qui ont pris le temps de signaler la présence d’animaux morts ou en difficulté et à l’implication notable du réseau de bénévoles qui ont aussi été largement sollicités, UMM a pu poursuivre sa mission. Les bénévoles ont investi plus de 130 heures sur le terrain pour documenter les cas, informer les citoyens et récolter des données scientifiques sur les phoques et les baleines. C’est aussi un bilan qui témoigne que les partenaires du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins et leurs pairs dans le Maritimes et aux États-Unis ont encore des questions à résoudre et des défis de conservation bien réels.

Un évènement de mortalité sans précédent chez les baleines noires de l’Atlantique Nord

Depuis le 6 juin, ce sont 13 à 15 baleines noires qui ont été trouvées mortes dans les eaux étatsuniennes et canadiennes, soit quatre fois plus que la moyenne des années précédentes (la moyenne est normalement de 3,8 morts par année).

Des résultats préliminaires expliquant les causes de mortalité de quatre d’entre elles ont été diffusés après les nécropsies conduites à l’Île-du-Prince-Edouard et aux Îles-de-la-Madeleine : trois baleines seraient mortes suite à une collision et une aurait été victime d’un empêtrement dans un engin de pêche. Il faudra attendre quelques semaines encore avant de lire un rapport plus étoffé sur la situation, rassemblant les observations et connaissances des vétérinaires et spécialistes de l’espèce. Des représentants de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) étastunienne annonçaient même vendredi dernier que les États-Unis lancent leur propre enquête sur la mort de ces baleines.

En plus de ces mortalités sans précédent, deux interventions de désempêtrement ont eu lieu sur cette espèce, soit le 5 juillet et le 10 juillet. La deuxième intervention aura couté la vie au pêcheur Joe Howlett du Campobello Whale Rescue Team, un incident tragique qui a lancé une réévaluation des activités de sauvetage des baleines au Canada et aux États-Unis.

Encore plusieurs bélugas nouveau-nés trouvés morts échoués

Une autre espèce en voie de disparition, le béluga du Saint-Laurent, a aussi connu à ce jour un taux de mortalité élevé, particulièrement chez les nouveau-nés. En date du 28 aout, ce sont 16 carcasses de bélugas qui ont été étudiées dans le Saint-Laurent, dont 8 adultes et 7 nouveau-nés (possiblement 8, à confirmer par l’analyse des échantillons dentaires). Chaque saison depuis la création du réseau de récupération de carcasses de bélugas, il y a plus de 20 ans, ce sont entre 15 et 20 carcasses qui sont rapportées annuellement.

Ce qui inquiète particulièrement la communauté scientifique depuis 2010 est l’augmentation de la mortalité chez les nouveau-nés. « Les causes de l’augmentation de ces mortalités demeurent encore inconnues, rappelle Robert Michaud, coordonnateur du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins et spécialiste du béluga. Cette saison, deux carcasses ont été retrouvées en bon état et pourront être étudiées en entier à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal par notre collègue Stéphane Lair et son équipe. Ces nécropsies sont essentielles pour apporter des éléments de réponses à cette situation préoccupante ». Le bilan de 2012 était particulièrement inquiétant, avec 16 décès de nouveau-nés constatés. Entre 2013 et 2016, quatre à six décès de nouveau-nés ont été constatés par année.

Rorquals morts à la dérive et sur le rivage

Si les régions de la Côte-Nord et de la Gaspésie ont été le théâtre d’échouage de carcasse de rorquals, d’autres échouages impliquant des petits rorquals sont arrivés plus en amont à la Rivière-Saint-François dans Charlevoix, à Berthier-sur-Mer et à Lévis. Trois rorquals communs ont été repérés à la dérive dans le golfe Saint-Laurent et un rorqual à bosse juvénile s’est échoué au printemps à Godbout. Il a été récupéré par le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) qui envisage de l’ajouter à sa collection de squelettes au Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) à Tadoussac.

Urgences Mammifères Marins : 7 jours sur 7, à l’année

L’équipe d’Urgences Mammifères Marins poursuit son travail 7 jours sur 7, et ce, à l’année, puisque même si la majorité des cétacés quitteront le secteur à la fin de l’automne, des cas d’échouage d’animaux vivants pourraient survenir à l’automne, pendant les périodes de tempêtes et de grandes marées. Des carcasses de bélugas pourraient être découvertes encore dans les prochains mois, et même durant l’hiver, puisqu’ils sont des résidents du Saint-Laurent. Avec le retour des phoques d’hiver, il y a fort à parier que des phoques, jeunes et adultes, seront signalés, se reposant dans des endroits inusités et achalandés! Une saison à suivre, qui est loin d’être terminée pour Urgences Mammifères Marins et pour

Urgences Mammifères Marins - 29/8/2017

Josiane Cabana

Josiane Cabana a été directrice du Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins de 2011 à 2018. Entre les cas de mammifères marins morts ou en difficulté auxquels elle répond, elle aime prendre le temps de sensibiliser les riverains aux menaces qui pèsent sur ces animaux. Biologiste de formation, elle s’implique au sein du GREMM depuis plus de 15 ans, toujours avec la même passion!

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