Tant d’espèces en un coup d’œil

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    31 / 10 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Pour sa dernière sortie en mer de la saison, un pêcheur amateur prend le large de La Tabatière, en Basse-Côte-Nord. Tandis que sa ligne est à l’eau, il repère deux grands souffles qui paraissent minuscules tellement ils sont loin. Le poisson doit se trouver par là! Il s’y dirige tranquillement quand arrive une quinzaine de dauphins à nez blanc. Dans le sillage de son embarcation, les dauphins s’activent. «Ils sautaient dans les airs, passaient sous le bateau, allaient de tous les côtés!», raconte-t-il avec enthousiasme. Un peu plus loin, les nageoires triangulaires des marsouins communs apparaissent et disparaissent en un mouvement. Soudain, une expiration puissante survient juste derrière la poupe de son bateau. Un rorqual à bosse plonge à quelques mètres de lui. Un deuxième sort. «Les grands souffles! Je les avais totalement oubliés, trop occupé à regarder les dauphins!» Un tour d’horizon lui permet de constater que si sa saison sur l’eau est terminée, la saison des baleines, elle, ne l’est pas encore.

    Des dauphins suivent une embarcation. © Yves Letellier

    Du côté de Sept-Îles, le 28 octobre, six ou sept rorquals bleus dévoilent leur long dos gris bleuté moucheté. «Plus au large, on voit beaucoup de souffles. Il y a encore beaucoup d’animaux et de différentes espèces», constate Jacques Gélineau, collaborateur avec le Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles et avec la Station de recherche des iles Mingan. Ce qui le surprend, c’est de croiser deux paires de rorquals bleus qui montrent leur queue. On estime que de 14 à 18% des individus rorquals bleus qui visitent le Saint-Laurent lèvent la queue hors de l’eau en plongeant. Alors en croiser quatre en même temps, quelle chance!

    Les observations dépendent des conditions météo. Le 26 octobre, la journée est parfaite pour pointer son télescope vers le large. À la recherche d’oiseaux ou de mammifères marins, un observateur lorgne dans sa longue vue à Pointe-Lebel. Installé sur la pointe Paradis, il pointe vers Pointe-au-Père sur la rive sud: un dos noir apparait, avec un souffle en ballon. Quelques respirations plus loin, une queue s’élève. «Un rorqual à bosse», conclut-il. En regardant plus à l’est, une autre grosse baleine montre le dos, mais la distance empêche de confirmer l’espèce. Vers Matane, un petit rorqual et deux autres baleines nagent. Soudain, un immense souffle très droit et très haut s’élève. Un rorqual bleu ou un gros rorqual commun? Malgré la distance, le souffle impressionne!

    Devant le quai des pilotes aux Escoumins, deux individus viennent égayer la journée des employés qui s’y trouvent le 30 octobre. La veille, un petit rorqual et des marsouins communs sont notés. Du côté de Tadoussac, bélugas et petits rorquals restent des vedettes quotidiennes à observer de la marina ou du Centre d’interprétation des mammifères marins.


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.