Rumba!

  • Deux rorquals bleus effectuent une «rumba», une course liée à la reproduction. © Station de recherche des iles Mingan (MICS)
    18 / 09 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    C’est une danse à trois, une course de corps à corps. Autour des massifs, mais élégants rorquals bleus, l’eau se soulève, gicle, revole. Le 13 septembre, Richard Sears de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) observe ce qu’il appelle une «rumba» près de l’ile du Corrosol, située au large de Sept-Îles. Devant, une femelle nage à bonne vitesse tandis que deux mâles la poursuivent en se poussant des nageoires, de la tête, de la queue. Cette course serait un prélude à la reproduction. Le trio nage à bonne vitesse vers Mont-Saint-Pierre, du côté de la Gaspésie.

    La rumba survient au début de l’automne dans le Saint-Laurent. Elle peut durer plusieurs heures, jusqu’à ce qu’un des mâles abandonne la course. L’autre devient l’escorte de la femelle. La paire peut alors nager ensemble durant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Est-ce que ces duos aboutissent réellement à une reproduction des deux individus? Une question difficile à répondre! Pour le savoir, il faudrait dresser un arbre généalogique à partir de la génétique. Un grand défi.

    Deux rorquals bleus sont observés la même journée, cette fois du côté de Pointe-aux-Outardes. René Roy, collaborateur de la MICS, identifie Natalus, mais ne reconnait pas le deuxième individu. La mosaïque de taches sur les flancs des rorquals bleus permet de les reconnaitre. Il photographie aussi trois rorquals à bosse. Surprise, aucune ne figure au catalogue. «C’est étonnant combien j’ai de nouveaux individus cette année, autant chez les bleus que les bosses», se surprend-il. Sont-ce de jeunes animaux en première visite dans le Saint-Laurent? Ont-ils changé d’aire d’alimentation estivale? Ou ont-ils simplement échappé aux caméras les autres années?

    Natalus © René Roy

    «C’était fou!», s’écrie un couple d’observateurs venus des États-Unis pour observer les baleines à l’anse aux Perroquets, à l’est des Escoumins. Outre les rorquals à bosses et les petits rorquals arpentant l’horizon, le couple repère un rorqual bleu se dirigeant vers l’est. «Il était IMMENSE!» Elle compare le rorqual bleu à une ile, lui le compare plutôt à un grand sous-marin. Quelques minutes plus tard, ce sont deux rorquals communs qui s’approchent du rivage, assez pour les observer sans jumelles. Tout ça avant 10h30 le matin! «Notre meilleure expérience d’observation à vie!», concluent-ils.

    Un ornithologue profite du traversier qui relie Les Escoumins à Trois-Pistoles pour photographier de nombreux oiseaux marins le 17 septembre. À l’aller, en plus des superbes plumages, il observe un rorqual bleu, des rorquals communs, des rorquals à bosse, des bélugas et des petits rorquals, rien de moins! Au retour, environ à mi-chemin, il voit apparaitre deux bélugas et… le narval! En une journée, il a donc pu observer six espèces de mammifères marins.

    Le narval a été observé en compagnie de deux bélugas, dont celui-ci, le 17 septembre. © David Turgeon

    À qui sait regarder s’offrent de belles observations. Assis au bout du quai de Baie-des-Sables, un pêcheur réussit à observer un petit rorqual malgré la houle et le vent qui agitait la surface de la mer. Le petit rorqual nage rapidement, effectue des virages inattendus, cabriole. Il a regardé au bon moment, puisque quelques minutes plus tard, le petit rorqual disparait au large, ne laissant que la beauté du fleuve à contempler.

    Voici la carte des observations de la semaine. Vous avez vu des baleines? Écrivez-moi au info @ baleines en direct.org (sans les espaces)!


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.