Ralentir et sauver les baleines

  • Les mesures volontaires de ralentissement ont permis de réduire les risques de collision entre les mammifères marins et les navires. © GREMM
    10 / 10 / 2018 Par Aurélie Lagueux-Beloin - /

    Une baleine qui percute un navire peut se blesser gravement. Dans le Saint-Laurent, les rorquals communs sont particulièrement sujets à ce type de collisions qui peuvent même être mortelles. Afin de réduire les risques d’incidents entre les baleines et le trafic maritime, des mesures volontaires de réduction de vitesse dans l’estuaire sont en place depuis 2013. Cinq ans plus tard, une équipe de chercheurs révèle qu’elles portent fruit et que le risque de collisions létales entre les rorquals communs et les navires a diminué de 40 %.

    La carotte sans le bâton

    Le Groupe de travail sur le transport maritime et la protection des mammifères marins (G2T3M), instigateur des mesures volontaires, encourage les navires à ralentir de leur propre chef dans les régions à risque pour les baleines. Cette méthode se détache des mesures plus traditionnelles de conservation où l’accent est mis sur les comportements négatifs à stopper. L’objectif du G2T3M est plutôt de renforcer les comportements aux retombées positives pour les populations de baleines.

    Pour protéger les baleines tout en respectant les contraintes de l’industrie, le G2T3M recommande de naviguer à une vitesse de 10 nœuds (environ 18 km/h) dans une zone stratégique de l’estuaire, reconnue pour accueillir une forte densité de mammifères marins en période estivale. Ce seuil est le meilleur compromis entre le risque de collisions des baleines et la manœuvrabilité des navires. Les navires qui ont respecté les mesures volontaires dans la zone de ralentissement ont allongé leur trajet de sept minutes.

    Un succès incomplet

    Grâce aux systèmes de reconnaissance automatique des navires, l’équipe de chercheurs peut suivre ce qui se passe sur l’eau et vérifier si les mesures volontaires de réduction de vitesse sont respectées. Résultat : ce n’est qu’un navire sur 10 qui respecte la vitesse de 10 nœuds. Cependant, les données recueillies entre 2013 et 2016 montrent que plus de 60 % des navires ralentissent considérablement dans la zone où on retrouve de hautes densités de baleines. Même sans atteindre le seuil de 10 nœuds, modérer sa vitesse diminue significativement le risque de collisions mortelles entre les baleines et le trafic maritime.

    Si la zone de diminution de vitesse est un succès, d’autres mesures volontaires proposées par le G2T3M ont moins bien fonctionné. Une faible proportion des navires s’est conformée à la zone identifiée comme « à éviter » et à un trajet alternatif proposé. Malgré ces quelques revers, le G2T3M considère l’ensemble des mesures volontaires comme une opération réussie. Elles ont même le potentiel d’être une assise pour s’attaquer à d’autres problématiques touchant les mammifères marins dans le Saint-Laurent, dont la pollution sonore.

    En terminant, rappelons que les mesures volontaires de réduction de vitesse, bien que prometteuses pour la conservation des baleines, restent provisoires. Elles ne sont pas officiellement incluses dans les systèmes de navigation, ce qui rend la visualisation des zones de ralentissement et zones « à éviter » difficile pour pilotes et capitaines.

    Pour lire la recherche :

    (2018) Chion C., S. Turgeon, G. Cantin, R. Michaud, N. Ménard, V. Lesage, L. Parrott, P. Beaufils, Y. Clermont et C. Gravel. A voluntary conservation agreement reduces the risks of lethal collisions between ships and whales in the St. Lawrence Estuary (Québec, Canada): From co-construction to monitoring compliance and assessing effectiveness, PLoS ONE 13(9): e0202560.

     


    Aurélie Lagueux-Beloin est stagiaire à la vulgarisation scientifique depuis 2018. Aimant autant faire de la science qu’en parler, elle complète sa maitrise en biologie à l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’un certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Aurélie est touche-à-tout et s’intéresse autant aux baleines qu’aux dinosaures en passant par les bancs de krill!