Préoccupations pour le bien-être de huit baleines captives remises en liberté

  • Plusieurs enclos pouvant contenir de nombreuses baleines sont installés au large de Nakhodka, sur la côte est de la Russie. En plein hiver, cette région est recouverte de glace. // Many pens that can contain a lot of whales are installed off Nakhodka, on the East coast of Russia. During the winter, this area is covered with ice. © National Geographic
    03 / 07 / 2019 Par Jeanne Picher-Labrie - / / /

    Depuis novembre 2018, 87 bélugas et 10 épaulards sont gardés captifs illégalement dans une «prison pour baleines», au large de Nakhodka, sur la côte est de la Russie. En avril, le gouvernement russe avait signé un accord visant à libérer les baleines et, le 20 juin, l’opération de sauvetage commençait.

    Six bélugas et deux épaulards ont voyagé par camion et par bateau pendant six jours sur 1800 km, de Nakhodka à la mer d’Okhotsk. Ils auraient ensuite été remis à l’eau à proximité du lieu de capture. Peu de détails concernant la réhabilitation des baleines ont été communiqués, ce qui inquiète certains scientifiques et militants pour le bien-être animal.

    L’emplacement de la «prison pour baleines» est indiqué en rouge. Les baleines auraient été capturées dans la mer d’Okhotsk, au Nord-Est de Nakhodka. Les huit premières baleines libérées ont été transportées sur 1800 km.

    Les baleines ont-elles été préparées à retourner vivre dans la nature ?

    L’équipe de The Whale Sanctuary Project, qui devait au départ être impliquée dans les opérations, a émis plusieurs recommandations concernant la réhabilitation des bélugas et épaulards. Les baleines gardées captives se sont habituées à la présence des humains et ont possiblement perdu le réflexe de s’alimenter par elles-mêmes. Certains bélugas sont très jeunes et n’ont donc jamais vécu seuls dans la nature. Également, plusieurs individus sont atteints de problèmes de peau et d’infections qui pourraient se propager dans la population sauvage s’ils ne sont pas traités avant la remise à l’eau.

    «Une remise en liberté de cette ampleur — 10 épaulards et 87 bélugas — n’a jamais été faite auparavant», explique l’océanographe Jean-Michel Cousteau. Une équipe de 70 spécialistes participe aux opérations de sauvetage. Les moyens de réhabilitation mis en place avant le voyage sont inconnus. Il n’y aurait pas non plus eu de réhabilitation sur le lieu de remise à l’eau. Les individus auraient toutefois été équipés de balise satellite afin de suivre leurs déplacements et comportements.

    L’ensemble des baleines devrait être libéré au cours des quatre prochains mois. «Nos recommandations initiales incluaient aussi une plus longue période de réhabilitation, mais il est maintenant essentiel d’agir rapidement pour déplacer les baleines avant l’arrivée de l’hiver», explique Michael Mountain du Whale Sanctuary Project.

    La fin de la capture de cétacés en Russie ?

    Le gouvernement russe a annoncé vouloir modifier la loi concernant la capture et l’exportation de baleines à des fins «éducatives», qui finissent généralement dans des aquariums. La Russie est le seul pays où la capture de bélugas est encore autorisée.

    En savoir plus

    Pour suivre les prochaines étapes du sauvetage (The Whale Sanctuary Blog)


    Jeanne Picher-Labrie a rejoint l’équipe de Baleines en direct en 2019 et est maintenant naturaliste au Centre d’interprétation des mammifères marins à Tadoussac. Étudiante au baccalauréat en biologie, elle est depuis toujours émerveillée par la nature. Elle en apprend chaque jour un peu plus sur les mammifères marins du Saint-Laurent et souhaite partager sa fascination grâce à la vulgarisation scientifique.