Par Célia Baratier

Les baleines se retrouvent l’été dans le Saint-Laurent pour faire le plein de nourriture. Krill et poissons sont au menu des cétacés. Une fois le tout digéré, eh bien oui, elles évacuent ce dont elles n’ont plus besoin! Les rorquals engouffrent d’énormes quantités de nourriture — entre 1 à 4 tonnes pour les rorquals bleus — de quoi produire une quantité impressionnante de fèces. Plutôt liquides, les excréments de baleine nous renseignent sur leur alimentation et leur état de santé. Mais surtout, les excréments joueront un rôle sur la santé globale des océans et de la planète, rien de moins!

Un maillon de la chaine alimentaire

Leurs fèces riches en nutriment, comme le nitrogène et le fer, participent au développement de tous petits végétaux, appeler phytoplancton. En agriculture, on utilise aussi des excréments d’animaux comme engrais. Les organismes composants le phytoplancton sont le premier maillon de la chaine alimentaire des océans : à leur tour, ils servent de nourriture au zooplancton comme le krill, que mangent les rorquals.

Les baleines plongent, en partie pour se nourrir, puis remontent à la surface respirer, c’est là qu’elles libèrent un panache de matière fécale. Ainsi, contrairement aux poissons qui relarguent leurs fèces à la même profondeur où ils s’alimentent, les baleines participent au brassage des nutriments. Elles ramènent en surface, où se trouve le phytoplancton qui a aussi besoin de lumière, les nutriments nécessaires pour son développement.

En stimulant la croissance du phytoplancton, les baleines encouragent la croissance des populations des poissons qui s’en nourrissent. Contrairement à l’idée reçue à une époque que les baleines faisaient diminuer les stocks de poissons, elles participent plutôt à leur développement et donc à la pérennité de la pêche de plusieurs espèces!

Une lutte contre le réchauffement climatique

De plus, comme les plantes sur terre, le phytoplancton utilise le CO2 présent dans l’eau et l’atmosphère ainsi que la lumière du soleil pour produire de l’énergie et de l’oxygène – un mécanisme appelé photosynthèse. En fait, le phytoplancton produit la moitié de l’oxygène que nous respirons et qui est indispensable à tout être vivant. Et puis, en piégeant le CO2, un gaz à effet de serre, ces petits organismes participent à lutter contre les bouleversements climatiques.

Une denrée précieuse

En récoltant et en analysant les excréments des baleines, on peut obtenir des informations comme le sexe de l’animal et son régime alimentaire : une méthode non invasive pour en apprendre plus sur ces mammifères marins. Un simple examen visuel peut aussi nous en apprendre sur le type de proie mangé: un caca rougeâtre sera lié à une alimentation forte en krill, un caca verdâtre sera signe d’une alimentation riche en poissons.

Pour résumer, le phytoplancton nourrit des organismes qui sont à leur tour les proies des baleines. Elles-mêmes, via leur excrément, nourrissent le phytoplancton qui absorbe le carbone — de quoi lutter contre le réchauffement climatique — en libérant de l’oxygène, indispensable à la vie.

La diminution considérable de la population de baleines à la suite de la chasse intensive — on estime que la biomasse des baleines a été réduite de 85% — a impacté la structure et le fonctionnement des océans. Un océan (et une Terre) en bonne santé a besoin de baleines pour brasser les nutriments et jouer son rôle de fertiliseur. Raison de plus pour les protéger et faire en sorte que les populations se rétablissent!

Les baleines en questions - 13/9/2018

Collaboration Spéciale

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