Pourquoi les phoques sortent-ils de l’eau?

  • Les phoques partagent leur vie entre la mer et la terre. © GREMM
    03 / 08 / 2018 Par Camille Bégin-Marchand - /

    Les phoques et les otaries ont un ancêtre exclusivement terrestre. L’évolution de leur physiologie a laissé des traces et ils sont contraints à retourner sur terre pour certaines de leurs activités. Amphibies, les phoques partagent leur cycle de vie entre terre et mer. Certaines espèces comme le phoque à capuchon retournent sur terre seulement pour la mise bas et la mue. Ils passent le reste de leur temps en mer, au large, à s’alimenter et à migrer entre les zones de reproduction et d’alimentation.

    D’autres espèces sont plus sédentaires et s’échouent volontairement régulièrement, comme les phoques communs. Généralement fidèles à un site d’échouage, on peut les retrouver à différents endroits: près des lacs, des rivières, d’ilets, sur les plages et bancs de sables ou de gravier, les rives des iles et même près des structures anthropiques. Ils recherchent principalement un endroit à l’abri du dérangement et avec un accès rapide à l’eau en cas de prédation. Dans l’estuaire du Saint-Laurent, les sites d’échouerie connus se trouvent entre autres près de la batture aux Alouettes, sur l’ile Blanche et l’ile aux Fraises et d’autres iles sur la rive sud, près du Bic. Dans le fiord du Saguenay, on retrouve des sites d’échouerie près du cap Éternité et du cap Fraternité.

    Repos, mise bas et mue

    Qu’est-ce qui mène les phoques à sur les rochers ou les plages? Les explications derrière ce comportement varient au cours de l’année, au fil du temps et même entre différentes populations de phoque commun. Dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, le phoque commun est un résident permanent, c’est-à-dire qu’il y réside à longueur d’année. Certains ont parfois la chance de les voir hors de l’eau, couchés sur les rochers, adoptant une position pattes postérieures et tête relevée, rappelant la forme d’une banane.

    En période de mise bas, l’eau étant très froide, il est plus sécuritaire et viable pour le chiot qui n’a pas encore développé sa couche de graisse de naitre sur la terre ferme. Dans le Saint-Laurent, la mise bas a lieu de la mi-mai à la mi-juin.

    De juillet à la mi-septembre, les phoques communs du Saint-Laurent subissent une mue et perdent leurs poils pour en créer de nouveau. Ce phénomène est très demandant énergétiquement, ne serait-ce que pour la baisse du métabolisme dû au débalancement hormonal associé à cette mue. Ainsi, les individus nécessitent un endroit calme pour se reposer. De plus, comme l’eau est généralement plus froide que l’air extérieur, le fait d’être hors de l’eau permet une meilleure circulation sanguine, ce qui facilite et accélère la repousse du poil.

    En dehors de la mue et de la mise bas, il n’est pas rare de voir des phoques communs hors de l’eau. La marée et les conditions météorologiques sont reconnues pour influencer la quantité de phoques communs échoués. À marée basse, il y a généralement plus de phoques hors de l’eau. Lorsque la température est plus chaude et sèche, qu’il n’y a pas de précipitations et que le vent est plus faible, les phoques auront tendance à s’échouer plus longtemps, et en plus grand nombre. Dans tous les cas, si le phoque décide de sortir de l’eau, c’est qu’il en a besoin.

    Fait intéressant: si certains ont la chance d’observer une échouerie de phoques communs, vous remarquerez qu’ils évitent systématiquement les contacts physiques entre individus, à l’exception du couple mère-chiot. Ils restent toutefois en groupe, car ceci permet d’assurer une meilleure vigilance en cas de dérangement ou de la présence d’un prédateur.

    Sources

    Le plan d’action sur le phoque commun de l’estuaire du Saint-Laurent (Réseau d’observation des mammifères marins)

    Hamilton, C. D., Lydersen, C., Ims, R. A., & Kovacs, K. M. (2014). Haul-out behaviour of the world’s northernmost population of harbour seals (Phoca vitulina) throughout the year. PLoS One, 9(1), e86055.

    London, J. M., Ver Hoef, J. M., Jeffries, S. J., Lance, M. M., & Boveng, P. L. (2012). Haul-out behavior of harbor seals (Phoca vitulina) in Hood Canal, Washington. PloS one, 7(6), e38180.

     


    Camille Bégin Marchand travaille au GREMM depuis 2013. Elle a commencé comme naturaliste au Centre d’interprétation des mammifères marins, mais son intérêt pour l’écriture scientifique l’a menée à travailler comme rédactrice pour Baleines en direct. Passionnée par la biologie et amoureuse de la région, elle fait aussi une maitrise en sciences de la forêt en collaboration avec l’Observatoire d’Oiseaux de Tadoussac.