Une trentaine d’habitants de l’île aux Coudres ont reconstitué une fascine symbolique, le 18 avril dernier, telle qu’elle était montée chaque printemps pour perpétuer le savoir-faire de leurs ancêtres et la mémoire de leur mode de vie. Les participants ont planté près de 60 perches pour baliser la fascine au sud-ouest de l’île. L’emplacement a été fidèle au lieu d’autrefois grâce aux explications de Renald Tremblay qui avait été témoin de la pêche reproduite en 1962 pour le documentaire Pour la suite du monde. Les «pêcheurs» n’ont toutefois pas tendu le piège, comme ils le faisaient autrefois en positionnant près de 3500 perches en quatre jours, et ont veillé à ce que les perches soient bien éloignées les unes des autres pour éviter de capturer un béluga. La fascine a été démontée dans les jours suivants.

Sur les images suivantes, les participants se trouvent sur la batture. Ils écoutent Raynald Tremblay qui explique les détails de cette pêche d’autrefois.

Pour voir d’autres photos de cette reconstitution: la page Facebook de l’Auberge La Fascine. L’événement a été filmé et sera le sujet d’un prochain documentaire.

À partir des années 1700, la pêche au marsouin blanc – du nom donné au béluga par les habitants de l’île – piégeait des dizaines de bélugas dans des fascines. Les fascines sont constituées de milliers de perches disposées en forme de B, avec une ouverture au centre. Les bélugas entraient dans le piège à marée haute et restaient captifs à marée basse. Cette pêche était pratiquée dans plusieurs villages et régions de l’estuaire du Saint-Laurent dont à l’île aux Coudres, Baie-Saint-Paul, Kamouraska, Rivière-Ouelle et Rivière-du-Loup. On tirait de cette pêche un cuir exceptionnel avec lequel on confectionnait des bottes et des lacets. On transformait la graisse en huile, employée pour la lubrification de fusils et de machines.

La pêche au marsouin blanc à l’île aux Coudres s’est terminée en 1924. En 1962, des insulaires ont ressuscité cette pêche pour sauvegarder la mémoire de cette tradition dans le documentaire Pour la suite du monde de Pierre Perrault et Michel Brault. Il est possible de visionner le documentaire sur le site de l’Office national du film (ONF) du Canada. D’ailleurs, en 2012, les habitants de l’île ont célébré les 50 ans de l’œuvre en invitant le coréalisateur Michel Brault.

Aucun béluga n’a été aperçu lors de cette reconstitution. Mais plusieurs groupes ont été signalés dans l’embouchure du Saguenay au cours des deux dernières semaines. Les bélugas regagnent progressivement leurs secteurs d’été qui se concentrent dans l’estuaire, entre Forestville (Côte-Nord), Le Bic (Bas-Saint-Laurent) et l’île aux Coudres (Charlevoix), et le fjord du Saguenay.

Pour en savoir plus:
Sur la chasse à la baleine dans le Saint-Laurent
Sur le béluga du Saint-Laurent

Observations de la semaine - 22/4/2015

Marie-Sophie Giroux

Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005 et y a travaillé jusqu’en 2018. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct et Portrait de baleines. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle adore « raconter des histoires de baleines ».

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