Malgré les sauts de Siam, la balise installée sur son dos a tenu!

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    21 / 07 / 2014 Par Équipe du Bleuvet

    À bord du Bleuvet, bateau du GREMM, une équipe mène le suivi télémétrique des grands rorquals, projet commun du GREMM et de Pêches et Océans Canada, en collaboration avec Parcs Canada qui poursuit parallèlement le recensement des proies à bord de L’Alliance.

    Brouillard matinal, en ce jour du mardi 15 juillet. Nous naviguons sur une mer très calme, sans vent. À deux milles au large de la pointe à la Carriole, quelques stations (des arrêts) pour écouter, tenter de localiser des grands rorquals. Il s’agit de capter leurs souffles puisque le repérage visuel nous est impossible. Et les voilà, ces souffles. On se rapproche tranquillement des sons et on aperçoit deux rorquals à bosse à travers les filets de la brume. Dès cette première approche, je saisis la perche au bout de laquelle est accrochée la balise télémétrique (tag en anglais) et la dirige vers l’un d’entre eux. Et hop, voilà la balise qui se fixe avec sa ventouse sur le dos de l’animal. Aussitôt les deux rorquals disparaissent dans la brume en plongeant et sans soulever leur queue, ce qui nous aurait permis de les identifier à partir de leur patron de coloration.

    Nous nous éloignons de l’empreinte qu’ils ont laissée sur l’eau, car dès que la balise est en place, nous ne devons pas influencer le comportement de la baleine par notre présence. Nous avançons à petite vitesse et écoutons encore, croisons un bateau d’excursion avec lequel nous communiquons. Le capitaine Pierre Rodrigue dit qu’il vient d’apercevoir un rorqual à bosse avec une balise, et qu’il l’a reconnu : c’est Siam! Ce fidèle de l’estuaire, nous le connaissons bien, mais celui qui l’accompagne nous est à priori inconnu.

    Siam reste un bout de temps à la pointe à la Carriole. Le brouillard se dissipe en s’éloignant vers le large, peu de temps après le marquage. Nous maintenons le contact visuel avec les rorquals. Sur la zone, des excursionnistes sont là, ils nous interrogent à la radio, veulent avoir des nouvelles du marquage. On leur raconte. Nous nous tenons à 300-400 mètres de Siam et aussi de son compagnon. Pendant le suivi, nous nous rapprocherons de Siam pour prendre quelques clichés du tag pour vérifier qu’il est bien en position ou s’il y a des changements. Notre GPS enregistre notre position chaque minute et nous notons à chaque séquence de respiration de Siam la distance qui le sépare de notre bateau, son azimut (c’est-à-dire sa position exprimée en degrés et relevée par le compas), la direction vers laquelle il se dirige. Avec ces données, nous pourrons calculer la position exacte de l’animal. La balise, avec son signal radio, nous permet de suivre ses déplacements sur le terrain. Les données qu’elle enregistre nous donneront entre autres la profondeur, la température de l’eau, la vitesse de nage de l’animal et des données sur la position de son corps. C’est à terre et avec un ordinateur que nous aurons alors un profil des plongées de Siam et des temps qu’il passe en surface. Pour l’instant, on le suit en visuel, et d’après les temps de plongée assez longs, nous imaginons qu’il chasse des proies dans les profondeurs. L’équipe du parc marin avec son bateau L’Alliance arrive sur la zone. Avec ses instruments, elle va pouvoir détecter ou non la présence de bancs de poissons, des données qu’elle analysera aussi de retour à terre.

    Vers midi, Siam breach (saute en anglais) hors de l’eau, deux fois. Il remplit mes jumelles! Après le premier saut, il retombe de toute sa masse sur la surface de l’eau. La balise tient, elle est encore là. Après le deuxième, soulagement, elle est toujours bien fixée, même si elle semble avoir glissé un peu sur son dos.

    Pendant quatre heures, nous continuons le suivi des deux rorquals à bosse, qui se dirigent vers l’aval, le long de la falaise sous-marine qui borde au sud le chenal Laurentien. On finit par se retrouver avec eux à douze milles au large de la rivière des Petits Escoumins, plus près de la rive sud. Nous sommes seuls avec les deux rorquals, c’est trop loin pour les bateaux d’excursion. En aval des Escoumins, la balise tombe à 18 H 48. Elle a tenu 11 heures. Équipée de mousse syntactique pour flotter, on la récupère, elle pourra nous servir à nouveau.

    Le lendemain, nous sommes sortis à nouveau. Quelques animaux sont là, les excursionnistes aussi. Nous choisissons de travailler avec les petits rorquals, qui font partie du projet, comme les grands. Pour eux, qui sont plus mobiles et rapides, nous utilisons l’arbalète pour envoyer la balise en direction du dos de l’animal. Pour suivre leurs mouvements et changements de direction, c’est un moyen plus rapide que la perche qui mesure 24 pieds (presque 8 mètres). Mais ces petits rorquals sont en train de s’alimenter, trop imprévisibles dans leurs déplacements. Nous rentrons vers 15 h.

    À bord : Michel Moisan (du GREMM) et Véronique Lesage (de Pêches et Océans Canada).