«Ma première de 2019»

  • Un rorqual bleu, identifiable par son souffle puissant et par son évent proéminent, a été observé au large de Cap-des-Rosiers. © René Roy
    03 / 04 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    «Ma première baleine de 2019!», s’exclame un croisiériste de la Gaspésie. Sa première observation, il l’a faite à travers la fenêtre de la cuisine de sa fille le 31 mars. Tandis qu’ils prennent une pause dans la rénovation de la maison, le père et la fille contemplent la baie de Gaspé, à Cap-aux-Os, un village enclavé dans le parc national Forillon. Au milieu de la baie apparait un souffle rapidement effacé par le vent. Durant une demi-heure, le rorqual revient à la surface aux quatre minutes environ et se déplace rapidement. Il vient même à environ 1 kilomètre de la côte, permettant aux observateurs de confirmer leur hypothèse : il s’agit d’un rorqual bleu.

    «Je l’ai manqué! J’ai vu une bonne quantité de phoques communs sur des morceaux de glaces ces derniers jours, mais pas de baleine», explique un aubergiste de Cap-aux-Os, surpris de ne pas avoir vu le rorqual bleu devant son village. L’observation de la faune, et celle des cétacés particulièrement, demande un bon œil, mais aussi de regarder au bon endroit, au bon moment. Les rorquals bleus passent en moyenne 5% de leur vie à la surface. Avec des temps de plongée pouvant aller jusqu’à 30 minutes et une vitesse de nage moyenne de 20 km/heures, un rorqual bleu vu à un endroit peut reparaitre bien plus loin lors de sa prochaine séquence respiratoire.

    Deux jours plus tôt, de l’autre côté de la pointe, à Cap-des-Rosiers, l’attention d’une observatrice est captée non pas par un coucher de soleil, mais par une silhouette massive. Elle se rue à son télescope pour observer l’animal qui produit un tel souffle. Le dos gris-bleu tacheté et l’évent protubérant ne laissent place à aucun doute : un rorqual bleu.

    Cette semaine, deux observations de rorqual bleu à la pointe de la Gaspésie ont été rapportées: une à Cap-des-Rosiers (indiqué en rouge) et une à Cap-aux-Os (en gris).

    Six espèces de cétacés fréquentent les alentours du parc national Forillon: le petit rorqual, le dauphin à flancs blancs, le rorqual à bosse, le marsouin commun, le rorqual commun et le rorqual bleu. À l’occasion, des globicéphales sont aussi observés. Les eaux environnantes sont riches en proies pour les baleines grâce à l’apport en minéraux de trois rivières qui se jettent dans l’eau salée et grâce au passage du courant de Gaspé.

    Le 2 avril, sur la 132, un photographe relie Cap-Chat à Sainte-Anne-des-Monts. Au large, un immense nuage s’élève de l’eau. Un rorqual bleu nage à environ 1 kilomètre de la côte. Un deuxième souffle s’élève quelques secondes plus tard, mais à bonne distance. Est-ce un deuxième rorqual bleu ou est-ce que l’animal se déplace à toute vitesse? Dans tous les cas, les souffles progressent vers l’est.

    Pascolio est identifiable par la déformation de sa colonne vertébrale. © Renaud Pintiaux

    Du côté de Charlevoix, entre l’anse à Belleville et Port-au-Persil, ce sont deux dos blancs qui attirent l’attention dans la lumière de fin de journée. «Je crois qu’un des deux est Pascolio», réfléchit l’observatrice. «Chaque année, à cette période, je vois ce béluga avec le dos déformé.» Pascolio a effectivement une déformation majeure de la colonne vertébrale. Cette femelle béluga est connue de l’équipe du GREMM depuis 1985. Elle a été adoptée par les commerçants de Tadoussac en 1990 grâce au programme Adoptez unbéluga. Mais Pascolio n’est pas la seule à avoir un dos creusé comme une coquille d’arachide. Les bélugas Néo et Scolio, entre autres, présentent aussi cette déformation. On compte même un rorqual bleu avec un dos difforme : Chameau.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.