L’été n’est pas terminé pour les baleines

  • Ce rorqual bleu est photographié le 25 aout à l'est des Escoumins. © GREMM
    29 / 08 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Une naturaliste revient au quai de Percé les yeux brillants le 28 aout. Dès la sortie du bateau, elle croise avec ses passagers un petit rorqual en alimentation. Ensuite, un groupe de trois rorquals communs avec un rorqual bleu nagent très près les uns des autres. Suivent une profusion de rorquals à bosse, souvent en groupe de 2 à 4. Puis, les fous de Bassan mitraillent la surface tandis que des dauphins à nez blanc et des dauphins à flancs blancs chassent en bondissant. C’est la grande bouffe! Toute cette action se déroule dans la zone de protection marine du Banc-des-Américains. «C’est dans des moments comme ça qu’on salue la création de ce genre de zone de protection», se réjouit la naturaliste sous un soleil radieux, troquant le fidèle manteau pour un exceptionnel t-shirt de fin d’été.

    Cette journée foisonnante contraste avec certaines journées plus tranquilles, où seulement trois ou quatre baleines sont observées. «Chaque jour, nous voyons au moins deux espèces. Parfois, on peut en voir cinq ou six espèces, avec des interactions entre elles. C’est tous les jours différents», confirme un croisiériste installé dans le parc Forillon. Au cours de la dernière semaine, son équipe s’extasie devant des rorquals à bosse, des rorquals communs, des rorquals bleus, des marsouins communs et des dauphins à flancs blancs.

    Des visiteurs géants à aimer

    Il est venu et est reparti presque aussitôt : un rorqual bleu au large des Escoumins. Une assistante de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins a juste le temps de lui croquer le portrait. C’est le premier à être documenté dans ce secteur cette saison. Les rorquals bleus sont en voie de disparition. Parmi les menaces qui pèsent sur eux, le dérangement par les embarcations — qu’elles soient commerciales ou de plaisance — peut être atténué. Si vous voyez le souffle imposant et le dos gigantesque du rorqual bleu apparaitre alors que vous vous trouvez sur l’eau, conservez un minimum de 400 mètres avec lui. Même s’il est le plus grand animal sur Terre, le rorqual bleu est facilement dérangé dans ses activités.

    D’autres rorquals bleus sont présents en grand nombre autour de Rivière-Madeleine et de Matane. L’équipe de Richard Sears de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) documente les individus dans ce secteur et s’active à poser des balises pour suivre leurs comportements de plongée et d’alimentation. René Roy accompagne l’équipe. Au bout du fil, il constate : «Ça grouille dans ce coin-là. On voit beaucoup de krill. Oh, attends, j’ai une baleine en vue, je te laisse!» La recherche n’attend pas!

    De l’autre côté du Saint-Laurent, l’équipe du MICS photographie trois baleines noires de l’Atlantique Nord au large de la pointe ouest de l’ile d’Anticosti. Cette espèce aussi est en voie de disparition. Pour les aider, les collisions et les empêtrements dans des engins de pêche peuvent être prévenus.

    Le 25 aout, une baleine à bec de Sowerby s’approche dangereusement de la rive de l’ile Verte. Cette espèce est très peu documentée, mais son avenir est considéré comme préoccupant. L’animal a finalement repris le large et n’a pas été revu. Vous pouvez découvrir plus de détails sur le cas ici.

    La baleine à bec de Sowerby se reconnait par son la forme de son long rostre (son «bec») et sa coloration. Sa nageoire dorsale ressemble à celle d’un petit rorqual. © Jérémie Boucher-Fontaine

    Une histoire de pêche

    Le 24 aout, des pêcheurs prennent le large à partir de Matane pour aller taquiner le maquereau. Entre deux prises, ils scrutent la mer d’huile dans l’espoir de voir une baleine. Environ à 75 mètres du bateau, une nageoire triangulaire fait surface. Elle fend l’eau calme du sud vers le nord, puis disparait. Un des pêcheurs lance un morceau de maquereau par-dessus bord. La nageoire apparait à nouveau et se dirige à pleine vitesse sur eux : plus de doute, c’est un requin! L’animal mesure un peu moins de 3 mètres et vient frôler la coque. «Je suis tellement excité, j’essaie de prendre des photos sans trop savoir si le focus de ma lentille est à point. Finalement, elles sont plutôt bonnes», se réjouit un pêcheur et observateur de baleines de longue date. Le spécialiste des requins Jeffrey Gallant confirme à partir de ses photos qu’il s’agit d’un requin maraiche. Si on repère un requin, même de loin, il recommande de relever toutes les lignes de l’eau pour éviter de le prendre accidentellement.

    Le requin maraiche s’est approché du bateau. © Marcel Cousineau

    Voici les observations reçues par notre équipe cette semaine. Elles donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir! Pour lire la chronique qui accompagne les observations:

    Cliquez sur les icônes de baleine ou de phoque pour découvrir l’espèce, le nombre d’individus, des informations supplémentaires ou des photos de l’observation.  Pour agrandir la carte, cliquez sur l’icône du coin supérieur droit. 

    Pour faire apparaitre la liste des observations, cliquez sur l’icône du coin supérieur gauche. 

    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.

    Légende pour les icônes de baleine

    Bleu pâle: rorqual bleu
    Gris pâle: petit rorqual
    Gris foncé: rorqual commun
    Noir : baleine noire
    Turquoise : rorqual à bosse
    Jaune: espèce inconnue

    Légende pour les icônes de dauphin

    Blanc: béluga
    Bleu marin: dauphin à flancs blancs
    Brun: marsouin commun
    Gris pâle: narval

    Jaune: globicéphale noir
    Noir: épaulard
    Turquoise: dauphin à nez blanc
    Vert kaki: cachalot

    Légende pour les icônes de phoque

    Gris foncé: phoque gris
    Brun: phoque du Groenland
    Turquoise: phoque commun

    Légende pour les icônes de requin

    Gris pâle: requin pèlerin

    Légende pour les poissons

    Turquoise: Thon rouge

    Légende pour les icônes de tortue

    Noir: tortue luth


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.