L’échouage de 29 cachalots dans la mer du Nord au début de l’année 2016 pourrait avoir été causé par des tempêtes solaires, ayant lieu à environ 150 millions de kilomètres de la Terre, avance une étude publiée en aout dernier dans la revue International Journal of Astrobiology.

Les cachalots vivent dans les eaux profondes de tous les océans. Les groupes de femelles et de jeunes se tiennent dans les eaux chaudes des basses latitudes. Vers l’âge de 10-15 ans, les jeunes mâles quittent l’unité familiale et forment des « groupes de célibataires », qui migrent vers de plus hautes latitudes, où ils entreprennent des mouvements saisonniers.

La mer du Nord est parfois surnommée « le piège à cachalots », en raison des échouages relativement fréquents de cette espèce. Plusieurs échouages ont été documentés dans cette mer depuis le Moyen Âge. Le dernier échouage massif s’est produit entre le 8 janvier et le 4 février 2016, lorsque 29 cachalots mâles, principalement de jeunes adultes, ont été trouvés échoués le long des côtes de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Grande-Bretagne et de la France. Les 22 nécropsies pratiquées ont révélé un bon état nutritionnel et l’absence de maladie connue.

Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer les causes et les mécanismes menant à la désorientation et aux échouages massifs de cachalots et autres baleines à dents. Se pourrait-il que les tempêtes solaires jouent parfois un rôle dans ces échouages? Des chercheurs de l’université de Kiel, du Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique et de l’université de Tromsø ont tenté de répondre à cette question. Ils ont analysé les effets potentiels des tempêtes solaires enregistrées entre le 20 décembre 2015 et le 1er janvier 2016 sur le champ magnétique terrestre et la navigation des cachalots dans l’Atlantique Nord-Est.

Lors de tempêtes solaires, une quantité particulièrement élevée de particules chargées et de radiations sont éjectées par le soleil. La vitesse des particules peut atteindre 1000 kilomètres par seconde. Ces particules de haute énergie peuvent frapper et déformer le champ magnétique terrestre lorsqu’elles sont libérées dans sa direction. Chez les animaux qui utilisent le champ magnétique comme outil de navigation — comme les abeilles, les oiseaux migrateurs et probablement les cachalots — ce phénomène peut mener à des erreurs de navigation et à une désorientation.

En haute mer, les erreurs de navigation provoquées par les tempêtes solaires seraient, la plupart du temps, temporaires et sans conséquence grave. Cependant, si ces perturbations magnétiques surviennent alors que les cachalots se déplacent près des iles Shetland dans la mer de Norvège, une déviation de quelques kilomètres peut entrainer les animaux dans les eaux peu profondes de la mer du Nord, où ils risquent de s’échouer.

En regardant spécifiquement la région autour des iles Shetland, les chercheurs ont démontré que les tempêtes solaires peuvent entrainer des modifications à court terme de la latitude géomagnétique correspondant à des déplacements allant jusqu’à 460 km, dans la zone entre les iles et la Norvège. Ce phénomène aurait donc pu entrainer les cachalots dans la mauvaise direction.

Une anomalie magnétique est présente de façon permanente au large de la côte norvégienne. Selon les chercheurs, cette anomalie est probablement vue par les cachalots comme une « chaine de montagnes géomagnétique », une sorte de garde-corps qui les empêche d’entrer dans la mer du Nord. Les tempêtes solaires ont pu annuler cet effet, rendant la chaine de montagnes invisible et permettant aux baleines d’y entrer.

Selon les auteurs de l’étude, les jeunes cachalots mâles — qui ont passé leurs premières années de vie en basses latitudes, où les perturbations magnétiques provoquées par les tempêtes solaires sont faibles — pourraient être particulièrement vulnérables face à ce phénomène, n’ayant pas encore acquis l’expérience nécessaire pour détecter rapidement ces perturbations et adopter un système de navigation alternatif.

Cette étude démontre qu’un phénomène prenant naissance à plusieurs millions de kilomètres de la Terre a possiblement joué un rôle important dans l’échouage de cachalots dans la mer du Nord. Il est cependant probable que de nombreux échouages soient le résultat de plusieurs facteurs ayant agi conjointement — par exemple les particularités géographiques et océanographiques d’un milieu, liées à la présence de vents particuliers ou de perturbations magnétiques.

Actualité - 15/11/2017

Béatrice Riché

Après plusieurs années à l’étranger, à travailler sur la conservation des ressources naturelles, les espèces en péril et les changements climatiques, Béatrice Riché est de retour sur les rives du Saint-Laurent, qu’elle arpente tous les jours. Rédactrice pour le GREMM de 2016 à 2018, elle écrit des histoires de baleines, inspirée par tout ce qui se passe ici et ailleurs.

Articles recommandés

Mois de l’eau 2020: Du plastique flottant jusqu’aux baleines

Par Sarah Boureghda et Gabrielle Morin. Juin est un mois qui rime avec vacances pour plusieurs, mais il s’agit aussi…

|Actualité 30/6/2020

Les 400 dernières baleines noires… et après?

Combien reste-t-il de baleines noires de l'Atlantique Nord, aussi appelées baleines franches? Si la réponse oscille aujourd'hui autour de 400,…

|Actualité 28/6/2020
Souffle EG Baleine noire

Baleines noires: des hauts et des bas dans les mesures de protection

Depuis le début de l'année 2020, l'actualité concernant les mesures de protection spécifiques aux baleines noires de l'Atlantique Nord joue…

|Actualité 25/6/2020