Les réseaux de femelles du Saguenay et le coin des ados

  • Un groupe de femelles et veaux dans le fjord
    © GREMM
    11 / 09 / 2014 Par Équipe du Bleuvet

    Le Bleuvet est un bateau du GREMM. Il est dédié au programme de recherche à long terme sur les bélugas du Saint-Laurent.


    Nous allons commencer par vous raconter la journée du lundi 25 août parce qu’elle a été assez représentative de celles qui ont suivi, du point de vue des conditions météo, du déroulement du suivi des bélugas et des troupeaux observés.

    On sort vers 8 h, il fait déjà chaud et il n’y a pas de vent. Nous restons au large de l’embouchure du fjord du Saguenay, en face de la baie de Tadoussac. Un troupeau bien fourni est là, nous commençons à travailler avec ce premier contact en naviguant à toute petite vitesse et prenons beaucoup de photos d’identification. Vers 10 h, la brume se dépose sur l’eau tout autour de nous. La côte n’est plus visible, ni le navire qui vient de sortir du fjord et qui avertit alentour avec sa corne de brume. Nous naviguons aux instruments et nous devons mettre fin à ce contact avec les bélugas.

    Nous entrons dans le fjord du Saguenay et laissons la brume derrière nous. L’eau qui est la surface du fjord est plus chaude que celle de l’estuaire. Dans le fjord, on n’observe pas de phénomènes de remontée d’eau froide venant de l’océan, excepté à l’embouchure où les fonds remontent à quelques dizaines de mètres avant de redescendre dans l’ancienne vallée glaciaire. L’eau du fjord ayant moins d’écart de température avec l’air, il n’y a pas de formation de condensation. Un troupeau, dispersé, s’étire du rail des traversiers assurant la liaison entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine jusqu’au cap à la Boule.

    Les matriarches du fjord

    À travers les petits groupes épars, nous rencontrons Boursouffle et son veau. Puis, un béluga avec une bosse sur chacun de ses flancs, maigre, une lamproie fixée à son corps. Vu de l’arrière, son corps a une allure difforme. Pas très en forme celui-là. Nous remontons le courant du fjord, vers le nord. Un petit groupe composé d’un blanc, d’un gris et d’un veau à la peau fripée, un très jeune nouveau-né. Ils nagent de manière très calme. S’adaptent-ils à la vitesse du veau? Le veau nage bien et vite, il hoche de la tête quand il est à la surface. Un adulte blanc s’ajoute au groupe, le veau se range aux côtés d’un autre adulte. Puis, deux autres adultes les rejoignent.

    Ici, c’est Marguerite et son veau qui lui aussi est très jeune. On le voit depuis seulement quelques jours, depuis le jeudi de la semaine dernière. C’est un veau tardif dans la saison des naissances. Puis, là, un petit groupe de femelles avec un veau s’intéressent de près à notre bateau.

    En cette fin de mois d’août, les journées vont se suivre et se ressembler. De la brume souvent, donc des observations dans le fjord.

    Scarvo et Marguerite: un même cheminement à l’adolescence

    Scarvo, on l’a encore vue le 4 et 5 septembre avec un veau. Avec ces observations répétées, on est en mesure de dire qu’elle a eu un veau cette année. Notre première rencontre avec Scarvo remonte à 2004, elle portait alors une blessure fraîche et profonde sur son dos, en avant de sa crête dorsale. On remarque qu’elle a réintégré le secteur qu’elle fréquentait avec sa mère Pacalou: entre le fjord du Saguenay, la batture aux Alouettes, l’île Rouge, jusqu’à la baie des Rochers et le cap de la Tête-au-Chien. Comme d’autres animaux, notamment Marguerite, elle est sortie de ce secteur quand elle était plus jeune, pour rejoindre le coin des ados qui est situé près de l’île Rouge et Rivière-du-Loup.

    Scarvo a été adoptée par le Château Frontenac (à Québec) et son nom d’adoption est Miss Frontenac. Sa mère Pacalou, on l’a connue jeune quand elle avait trois ans, puis on l’a perdue de vue parce que sa marque d’identification n’est pas très visible, mais on la suit depuis 1998.

    Présents à bord: Michel Moisan avec Tim Perrero ou Renaud Pintiaux, selon les journées