Depuis 1994, l’équipe de recherche du GREMM mène un programme de collecte à long terme de biopsies sur la population de bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent. Ces biopsies, qui consistent à prélever des échantillons de peau et de gras à l’aide d’un petit dard, apportent de très nombreuses informations scientifiques utiles à la conservation. Cependant, une étude récemment publiée a révélé que dans le cas où une biopsie est trop profonde, il y a des risques que les muscles et les os de l’animal soient atteints. Ayant à cœur la cause des bélugas, une lectrice nous a interpellés pour savoir si nous prenions les mesures nécessaires pour minimiser les impacts potentiels des biopsies sur le bien-être et la santé des cétacés.

Atteindre la cible…

Vous vous en doutez, le GREMM a lui aussi à cœur la santé et le bien-être des bélugas. Très tôt, l’équipe de recherche a mis en place des mesures pour limiter leur impact sur les bélugas. Dès le début du programme il y a 35 ans, les chercheurs choisissent de faire les prélèvements dans une zone de moindre impact: « nous ciblons une zone restreinte située juste sous la crête dorsale et notre taux de succès pour atteindre cette zone est très élevé », explique Robert Michaud, directeur des programmes de recherche du GREMM.

…avec le bon dard

Dès 1994, l’équipe se munit de l’équipement le moins invasif possible, selon les connaissances de l’époque. Le GREMM utilise ainsi des dards étroits longs et légers conçus pour prélever une quantité suffisante d’ADN pour réaliser des analyses génétiques tout en minimisant les blessures causées par la biopsie. Suite à une étude soulignant le changement de comportement des épaulards après la projection de dards, l’équipe a modifié sa méthode de projection et utilisé des dards encore plus légers et encore moins invasifs.

Effet de surprise

Les bélugas sont-ils dérangés par ce prélèvement? Pour répondre à cette question, l’équipe de recherche s’est penchée sur les effets d’un prélèvement sur le comportement des individus, à court comme à long terme. À court terme, « les bélugas ressentent l’effet de surprise, probablement à cause des sons qui surgissent près d’eux! Ils plongent, puis remontent à la surface après une minute ou deux », commente Robert Michaud. À long terme, les chercheurs ont déterminé que le taux de recapture, c’est-à-dire le nombre de fois qu’un individu est photographié et identifié lorsqu’il remonte à la surface, demeure constant même après une biopsie. Cela semble montrer que leur comportement n’est pas affecté sur le long terme par cet événement isolé.

Éviter les doublons

Autre point important pour limiter l’impact des biopsies sur les bélugas: l’équipe évite d’échantillonner deux fois le même individu. Seuls les individus préalablement photo-identifiés sont visés pour l’échantillonnage de peau et de gras. Cette technique porte fruit, car sur les 288 biopsies réalisées depuis 1994, l’équipe n’a réalisé que 9 doublons.

À noter que pour certains projets, le risque de doublons est plus élevé et donc plus difficile à éviter. Ainsi, en plus de la collecte de biopsies sur de nouveaux individus effectuée chaque année, l’équipe a réalisé deux projets de recherche impliquant un échantillonnage plus soutenu. Durant les mois de septembre de 2013 à 2016, les chercheurs ont prélevé 203 biopsies supplémentaires afin d’évaluer les taux de gestation des bélugas. Un autre projet impliquant un échantillonnage similaire en septembre est en cours afin de comprendre l’impact de la contamination du fleuve Saint-Laurent sur la santé des bélugas.

Équilibre des risques et des bénéfices

Quoi qu’il en soit, la décision d’effectuer des biopsies sur une espèce en voie de disparition n’a pas été prise à la légère. Le prélèvement de biopsies est une approche invasive et elle ne doit pas être banalisée. Les biopsies comportent certes des risques pour les animaux prélevés, mais elles permettent de réaliser des analyses d’ADN et toxicologique qui ne seraient pas possibles avec une autre approche. « Nous avons collaboré à une étude qui s’intéressait à l’évolution des cicatrices et qui vérifiait si le comportement des animaux biopsiés pouvait changer à moyen ou long terme. Cette étude a conclu que, selon nos connaissances, les impacts des biopsies étaient faibles et acceptables et que les bénéfices l’emportent sur les risques », souligne Robert Michaud.

Chaque année, pour avoir l’autorisation de faire des biopsies, l’équipe de recherche du GREMM doit déposer une demande pour un permis de recherche de Pêches et Océans Canada et du parc marin du Saguenay – Saint-Laurent. L’utilisation de biopsies doit à chaque fois être justifiée et validée. Le GREMM doit également soumettre chaque année ses projets à des comités de santé animale. « Ces questions sont prises très au sérieux et c’est très bien ainsi », conclut Robert Michaud.

Les baleines en questions - 15/3/2022

Marika Drouin

Marika Drouin a rejoint l'équipe de Baleine en direct en tant que rédactrice scientifique au GREMM à l'automne 2021. Elle a effectué un baccalauréat en biologie ainsi qu'une maitrise en biochimie - profil bio-informatique à l'Université Laval. Sauveteuse durant de nombreux étés et plongeuse à ses heures, Marika est fascinée par l'écosystème du fleuve St-Laurent et par toutes les espèces qui y vivent! Passionnée par la communication scientifique, Marika adore imager des phénomènes complexes afin de faire voyager toute personne intéressée dans le monde insoupçonné des baleines!

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