En cette dernière semaine du mois de septembre, les observations de mammifères marins s’essoufflent peu à peu avec la fin de la saison touristique. Mais cela ne veut pas dire que les baleines sont parties! Au contraire, elles demeureront encore un moment dans le Saint-Laurent avant de partir vers leurs aires hivernales… mais pour combien de temps? Telle est la question brûlant les lèvres de plusieurs de nos lecteurs et de nos visiteurs. Faisons le point!

Les mouvements des bélugas

Les bélugas sont toujours visibles dans le fjord du Saguenay et au large des Escoumins, de même qu’au quai de Rivière-du-Loup, où des paires mère-veau ont été observées par des techniciens du ROMM. Par contre, depuis une semaine, aucune trace d’eux à Saint-Irénée, suggérant que les canaris des mers amorcent progressivement leurs mouvements d’automne. Avec l’arrivée du froid, les bélugas vont en effet descendre progressivement en direction du golfe du Saint-Laurent.

Un festin de géants

De Tadoussac aux Escoumins, en passant par Les Bergeronnes et Essipit, la fébrilité se fait toujours sentir chez les amateurs de baleines. Des petits rorquals, des rorquals communs ainsi que des rorquals à bosse offrent un inoubliable spectacle aux touristes s’aventurant sur l’estuaire, les impressionnant avec des breachs majestueux et faisant surgir leurs pectorales avec grâce.

Cette véritable danse aquatique fait le bonheur des croisiéristes, mais aussi des randonneurs qui explorent les berges : aux dunes de Tadoussac, il est possible d’observer des rorquals communs et des rorquals à bosse depuis la terre ferme. « J’en ai vu presque tous les jours là-bas! », s’exclame un ornithologue passionné. Certains visiteurs du Centre d’interprétation des mammifères marins s’étonnent du nombre très important de grands rorquals dans la région. Les baleines ne devraient-elles pas être déjà avoir commencé à migrer pour l’hiver?

Pas encore! Les grandes espèces de rorquals vont demeurer encore un moment dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent avant d’amorcer leur grand périple. Le moment de plier bagage dépend de l’espèce. Dans le cas des rorquals à bosse, leur voyage s’initie entre la fin du mois d’octobre et le début du mois de novembre, mais quelques individus peuvent demeurer jusqu’en décembre dans le golfe. Fait intéressant, les mâles sont généralement les premiers à partir vers les eaux chaudes du sud. Les femelles, qui sont plus grosses que les mâles, resteraient dans les aires d’alimentation plus longtemps pour faire le plein d’énergie : donner naissance à un baleineau est très demandant!

Chez les rorquals communs, les dates de départ sont très similaires à celles des rorquals à bosse. Cependant, depuis 2010, il est de plus en plus fréquent d’en observer tout l’hiver dans le golfe du Saint-Laurent, parfois même dans l’estuaire! Ce phénomène s’observe aussi du côté des rorquals bleus, qui devraient normalement avoir quitté les lieux en janvier. Comment expliquer ces observations incongrues? Cela pourrait avoir un lien avec le couvert de glace hivernal, qui est en déclin d’année en année. Des chercheurs avancent l’hypothèse qu’avec une glaciation moins importante et plus raccourcie, les proies de ces géants marins profitent de meilleures conditions sur une plus grande période. Des proies abondantes plus longtemps seraient un incitatif pour les deux plus grands rorquals du monde à passer plus de temps dans le coin.

De l’action dans le golfe!

La Gaspésie a elle aussi eu sa part d’observations intéressantes cette semaine! Entre Cap-Bon-Ami et Cap Gaspé, de nombreux rorquals à bosse, des dauphins à flancs blancs, des petits rorquals et des marsouins communs sillonnent toujours les eaux froides du golfe. Mais les fortes vagues, parfois hautes de deux mètres, limitent certains jours l’observation et la prise de photos.

Au Cap-Bon-Ami, des phoques communs et des phoques gris se tiennent ensemble, alors qu’à Pointe St-Pierre, des phoques communs se prélassent sur le rivage. Une observatrice s’étonne en apercevant un jeune phoque équipé d’un drôle de « cône » orangé sur la tête à Pointe St-Pierre. Ce « chapeau » est muni d’un numéro et le chiot qui en a été affublé fait partie d’une étude qui procède au suivi du taux de survie et des déplacements de jeunes phoques communs.

Moins d’observateurs, moins d’observations

Avec l’avancement de la saison, les conditions météorologiques plus hargneuses et l’essoufflement du tourisme limite les observations dans certaines régions. On le sait, le manque d’observations n’est pas nécessairement symptomatique d’une absence de baleines, mais plutôt d’un manque d’observateurs. Après tout, les humains « migrent » eux aussi pour l’hiver : peu nombreux sont les courageux prêts à braver le froid glacial qui emmitoufle tranquillement la Côte-Nord pour aller observer le large.

À Godbout, quelques petits rorquals fréquentent toujours le secteur et un occasionnel rorqual commun ou à bosse laisse parfois échapper un grand souffle au large de Franquelin et de Baie-Comeau. Du côté de l’archipel de Mingan, on nous rapporte quelques petits rorquals, des rorquals et des marsouins communs dans le secteur, de même que la présence toujours impressionnante de thon rouge. Mais les observations ont été très limitées cette semaine, au grand dam de Jacques Gélineau, cétologue amateur de la région. « C’est une de nos pires années pour les observations! », s’exclame-t-il.

Une baleine noire!

Le 29 septembre en fin d’après-midi, Jacques Gélineau a fait une très belle rencontre au large de Sept-Îles : une baleine noire de l’Atlantique Nord! Pour ce cétologue chevronné, cette observation était une première depuis 1998. S’agirait-il du même individu détecté par un hydrophone au large de l’ile d’Anticosti plus tôt dans la journée? En effet, grâce au système de surveillance acoustique mis en place par Pêches et Océans Canada, même quand les yeux ne sont pas sur l’eau, on peut être prévenu de la présence de baleines.

Une baleine noire de l'Atlantique Nord a été aperçue au large de Sept-Îles le 29 septembre 2021! © Jacques Gélineau
La baleine noire de l'Atlantique Nord montre généralement la queue au moment de plonger. © Jacques Gélineau

Les baleines noires de l’Atlantique Nord, aussi appelées baleines franches, fréquentent principalement le golfe du Saint-Laurent du mois d’avril jusqu’en janvier et vont venir plus rarement dans l’estuaire. Mais, occasionnellement, il arrive qu’un individu s’aventure plus loin qu’à l’accoutumée, atteignant même parfois le parc marin du Saguenay-St-Laurent!

Où sont les baleines cette semaine? La carte des observations

Ces données ont été rapportées par notre réseau d’observatrices et observateurs. Elles donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!

Cliquez sur les icônes de baleine ou de phoque pour découvrir l’espèce, le nombre d’individus, des informations supplémentaires ou des photos de l’observation. Pour agrandir la carte, cliquez sur l’icône du coin supérieur droit. La carte fonctionne bien sur Chrome et Firefox, mais pas aussi bien sur Safari.

Pour faire apparaitre la liste des observations, cliquez sur l’icône du coin supérieur gauche.

Observations de la semaine - 30/9/2021

Elisabeth Guillet Beaulieu

Elisabeth Guillet-Beaulieu a rejoint le GREMM en tant que rédactrice scientifique au début de l'automne 2021. Depuis toujours, elle est animée par un amour inépuisable de la biologie marine et des milieux aquatiques, amour qui se manifeste aujourd'hui dans la poursuite d'une carrière scientifique. Détentrice d'un baccalauréat en sciences biologiques, cette enthousiaste de l'environnement et de la conservation des milieux naturels a rejoint l'équipe de Baleines en direct dans l'espoir de partager sa passion contagieuse des mammifères marins tout en achevant sa maîtrise en environnement et développement durable.

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